Archives mensuelles : février 2020

Le Choc démographique, Bruno Tertrais, Odile Jacob, 2020.

Chères amies chers amis

Je me suis constitué un petit fonds documentaire évolutif, et je m’offre les ouvrages qui me semblent indispensables, nécessaires afin de développer réflexions et actions sur les conséquences d’un long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.

Aujourd’hui « Le Choc démographique » Bruno Tertrais, Odile Jacob février 2020.

Je vous livre rapidement le quatrième de couverture auquel j’ai ajouté quelques lignes de ma première lecture, ce type d’ouvrage nécessite, pour moi, des relectures, les évolutions demeurant très rapides, et les documents de sources diverses très nombreux.

Sommes-nous prêts au choc démographique qui s’annonce ?

« La population mondiale vit une transformation sans précédent, vieillissement des pays occidentaux, urbanisation effrénée, accroissement rapide de la population africaine… Mais aussi ralentissement de la croissance démographique et baisse de la fécondité au point d’être à très long terme la question qui risque de ne plus être « Sommes-nous trop nombreux ? », mais plutôt « Sommes-nous assez nombreux ? »

L’évolution de la population mondiale annonce des bouleversements économiques, sociaux, culturels et politiques majeurs… aujourd’hui, les conséquences des changements climatiques sont inséparables du débat sur la question de la population et des ressources. La question démographique est ainsi au cœur de toutes les problématiques sociétales contemporaines : ressources, climat, conflits, migrations, urbanisation, éducation, religions, emploi, retraites, santé… ainsi que, dans certains États, répartition des pouvoirs entre communautés, ethnies, ou nations. La démographie est un sport de combat politique…

La démographie n’est pas non plus déterministe, mais plutôt probabiliste. Elle n’est pas la « destinée » … elle est rarement la cause ultime des transformations économiques et encore moins le principal facteur déterminant des évolutions politiques : les guerres du Liban, du Rwanda, ou de Syrie n’ont pas été « causées » par les évolutions démographiques…

On l’a peu remarqué, mais la première décennie de notre siècle a constitué un véritable tournant dans l’histoire de l’humanité. Les plus de 65 ans sont désormais plus nombreux que les moins de 5 ans. Depuis la fin des années 2000, les urbains sont plus nombreux que les ruraux…. La transition démographique est en passe de s’achever et annonce des transformations peu connues : en 2020, par exemple, l’âge médian des Chinois dépasse pour la première fois celui des Américains. Quant à l’environnement européen, il est en pleine mutation : l’est du continent se vide, une partie du Moyen-Orient est entrée dans la modernité démographique, et la jeunesse africaine est en pleine expansion…

Dans les États modernes, les politiques de soutien à la famille (droits de la mère, gardes subventionnées, éducation, santé…) et au revenu des ménages (allocations, fiscalité… ) jouent un rôle indéniable pour maintenir celle-ci. Et « la meilleure façon de faire monter légèrement les taux de fécondité est de favoriser le rôle des femmes dans le monde du travail » rappelle Paul Morland1. « Ce sont les femmes actives qui quittent l’activité en raison d’une naissance supplémentaire et non les femmes inactives qui ont un enfant de plus » renchérit Hervé Le Bras2 … dans les sociétés développées, on explique également la faiblesse des taux de fécondité par les coûts induits (immobilier, éducation…), l’existence des systèmes de retraite (moindre besoin de soutien par les descendants) et, peut-être, par les exigences du marché du travail (mobilité… )

Plus âgé, la population mondiale est aussi désormais plus urbaine… une proportion qui ne fait que croître et pourrait atteindre 70 % à l’horizon 20503 … il y a aujourd’hui une trentaine de « mégavilles » de plus de 10 millions d’habitants : il pourrait y en avoir une quarantaine en 2030, la plupart en Asie de l’Est (Chine Japon) et du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh) à l’horizon 2035 New Delhi 43 millions, Tokyo 36, Shanghai 34, Dacca 31…. quant aux villes africaines, elles connaîtront une croissance spectaculaire. Le corridor urbain Accra-Lagos, 30 millions d’habitants aujourd’hui en comptera peut-être 50 en 2050.

Un surplus masculin… l’existence dans certaines régions du monde d’un « déficit de femmes » ou d’un « surplus d’hommes » «Élever une fille c’est cultiver le jardin d’un autre »dit-on en Chine. « C’est arroser le jardin de son voisin » prétend-on en Inde… Au tournant de la décennie alors que le ratio de masculinité à la naissance (RMN) naturel est de l’ordre de 105/100… il atteignait 116/100 en Chine et en Azerbaïdjan … le déficit féminin total prend des proportions spectaculaires : 126 millions en 2010, plus de 135 aujourd’hui, et peut-être 150 à l’horizon 2035 (là encore, aux quatre cinquièmes en Inde et en Chine)4

Il a fallu cent quatorze ans à la France, le premier pays à avoir connu le phénomène de vieillissement, pour connaître un doublement en proportion de sa population la plus âgée : il n’en faudra que dix sept au Vietnam, dix huit à la Corée du Sud, vingt-quatre au Japon, vingt-cinq à la Chine, vingt-huit à l’Inde…

L’effondrement méconnu de la « Mitteleuropa ». Le vieux continent n’a jamais autant mérité son surnom : l’âge médian en Europe est aujourd’hui de 43 ans, et un cinquième de sa population à plus de 65 ans (alors que c’est moins d’un dixième à l’échelle mondiale) … La Mitteleuropa, il faut le redire, est une exception mondiale. C’est là que se trouve la quasi-totalité (14 sur 15) des pays du monde appelés à perdre, selon les prévisions de l’ONU, plus de 15 % de leur population d’ici à 2050….

Le Moyen-Orient est entré de plain-pied dans la transition démographique dans les années 1970-1980. Sur l’ensemble du monde musulman, l’ICF est passé de 6,8 à 3,7 entre 1975 et 2005…. en Afrique subsaharienne, l’âge médian est encore inférieur (18,7 ans) 62 % de la population y a moins de 25 ans …. C’est au Niger, dans la région de Maradi, que se situe le record du monde de la fécondité, avec un ICF atteignant localement 8,4 enfants par femme… Mabingue Ngom, directeur général du Fonds de l’ONU : « rien ne se fera tant que l’homme ne changera pas d’attitude vis-à-vis de son épouse, de sa fille, de sa mère, de sa voisine »5… Pour l’heure, toutefois, c’est sur ce continent que vivent aujourd’hui 70 % des plus démunis, une proportion qui atteindra 90 % en 2030- non du fait de l’appauvrissement économique du continent, mais en raison de sa croissance démographique, alors que parallèlement, le reste du monde se développe beaucoup plus vite. L’Afrique est le seul continent où, en valeur absolue (mais non en proportion de la population) le nombre de pauvres continuera à augmenter pendant sans doute encore une ou deux décennies. « Ce n’est pas un appauvrissement de l’Afrique, mais une africanisation de la pauvreté » L’Afrique sera le dernier continent à connaître la transition démographique. La manière dont celle-ci se produira déterminera une grande partie de l’état de la population mondiale en 2100.

Vers une nouvelle hiérarchie des puissances. La taille de la population et sa croissance furent longtemps assimilées à la vigueur d’une nation…. « Ce qui fait la grandeur d’une cité, ce n’est pas qu’elle soit populeuse », disait Aristote6

Le démographe Hervé Le Bras avance : « l’esprit d’innovation, l’adoption de nouvelles techniques et de nouveaux modes de pensée dépendent de l’organisation sociale, et non de la biologie ou du nombre… il n’y a pas de richesse que d’hommes. La véritable richesse réside dans l’organisation sociale, dans l’architecture des liens que les hommes, ces animaux sociaux, parviennent à établir pour vivre cependant ensemble7 ». Les pays ayant entamé leur transition démographique sortent, eux, du piège malthusien (absorption des gains de PIB/habitant par la croissance démographique) et peuvent bénéficier sous certaines conditions – diminution de la fécondité investissement dans l’éducation supérieure, opportunité d’emploi urbain – de ce que l’on appelle un dividende ou bonus démographique, situation transitoire dans laquelle une importante population en âge de travailler n’a pas à soutenir une large population d’inactifs… Et la ressource humaine garde toute son importance aujourd’hui : dans les économies modernes axées sur les services, disposer d’un grand nombre de travailleurs qualifiés est un atout incontestable.

En 2030, la hiérarchie des puissances fera apparaître trois géants – l’Inde, la Chine, les États-Unis, et trois pays que l’on pourrait qualifier de mégas émergents : l’Indonésie, le Nigeria et le Pakistan. L’Europe aura déjà décliné, à cet horizon la population du continent pourrait ne compter que 741 millions d’habitants (747 aujourd’hui) dont une Russie qui serait passé de 145 à 143 millions d’habitants.

En 2050 l’Inde pourrait compter 1,6 milliard d’habitants, la Chine 1,4, le Nigeria 401 millions, les États-Unis 379, le Pakistan 338… en 2100 l’Inde 1,5 milliard, contre 1 milliard seulement pour la Chine… le croisement de leurs courbes de population devrait intervenir dès 2027 (1,44 milliard chacun) … s’il n’est déjà réalisé8.

Car la Chine achève sa transition démographique, et sa population en âge de travailler décline depuis 2015. Sa croissance a déjà fortement ralenti et elle connaîtra bientôt un malus démographique qui pourrait représenter 0,7 % du PIB dans les années 20309. Contrairement au Japon et comme on l’a dit, « elle va vieillir avant d’être riche10 »… Et quand la Chine grisonnera… l’Inde s’éveillera… elle aura bien plus d’hommes et de femmes en âge de travailler et disposant d’un haut degré d’éducation que n’en aura son voisin, et cet avantage ira croissant (63 % en 2050, contre 51 % en Chine). En 2050 l’âge moyen sera de 38 ans… contre prés de 50 ans en Chine.

Trop d’humains, pas assez de ressources ? L’arc de crise : démographie, crises, conflits. La réalité des flux migratoires…. Ce sont les titres des chapitres suivants… à découvrir dans l’ouvrage …. je vous transmettrai ma lecture dans les temps prochains.

En attendant, je serai heureux de partager vos échanges, afin d’enrichir mes savoirs pour continuer mon projet de retraité professionnel : «  l’élaboration du projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.
Pierre ,
retraité professionnel

1Cité in Mahler Thomas « c’est la technologie qui nous permettra de nourrir 11 milliards d’humains » Le Point 15 octobre 2019

2 Le Bras Hervé « Questions de migration » Fondation Jean Jaurès 7 novembre 2019

3World Urbanization Prospects : The 2018 Revision ONU 2018

4Bongaarts John Guimoto Christophe Z, How many more missing women ? Excess female mortality and prenatal sex selection 1970-2050 Population and Development Review 16 juin 2015

5Cité in Valo Martine « Les forts taux de fécondité en Afrique sont un facteur de fragilisation » Le Monde 16 février 2019

6Aristote La politique VII 4

7Le Bras Hervé L’Adieu aux masses. Démographie politique. L’Aube 2002 P 51 et 87.

8Certains démographes soupçonnent Pékin de surévaluer l’ampleur de sa population. Il est vrai que celle-ci peut aussi être un enjeu de compétition entre régions pour les subventions et les investissements du gouvernement central

9Deal Jacqueline, Szony Michael «  China’s demographic trends. How will they matter ?» in China’s Changing Family Structure. Dimensions and Implications. American Entreprise Institute 2019, p 130

10La fin de cette politique – largement assouplie dans les faits depuis longtemps – a été annoncée en octobre 2015. Rappelons que la fécondité chinoise avait commencé à décliner avant la mise en place (1979) de la politique de l’enfant unique.

Ainsi va le monde

Aucune intention d’écrire comme notre ami Didier, simplement pour le remercier de son recueil “Ainsi va le monde” Chroniques philosophiques de la vie moderne 2008- 2018– que je lis avec beaucoup de plaisirs et d’acquisitions. Simplement je voudrais participer, partager.

Vous le savez je consacre ma retraite, depuis 1997, à un travail de réflexions et actions sur les conséquences d’un long vieillissement, persuadé, chaque jour davantage, que c’est un fait d’importance essentielle dans “une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés”.

En 1997 j’entrais donc dans la catégorie des personnes âgées (l’Organisation Mondiale de la Santé – OMS – définit une personne âgée à partir de soixante ans) … sans conviction de l’être !

Lors de mes interventions sur “les conséquences d’un long vieillissement” une question revient régulièrement : « pourquoi vous présentez-vous comme retraité professionnel” ?

Plusieurs raisons, dont sans doute la plus essentielle, je suis en bonne santé, bien entouré, assuré d’une pension minimum, et depuis le temps de mon apprentissage j’ai toujours eu plaisir à travailler avec le sentiment d’apprendre tout au long de ma vie.

Pourquoi devrais-je changer ce mode de vie équilibré, harmonieux, entre ma vie familiale et amicale, mes loisirs et repos, un travail choisi appris compris et entrepris – que je qualifie de vaccin contre un vieillissement trop rapide – dans un développement personnel et collectif ?

Est professionnel celui « qui exerce régulièrement une profession, un métier, par opposition à amateur. Qui exerce une activité de manière très compétente » Dictionnaire Larousse

J’ai prétendu – j’ai créé « retraité professionnel »- mener un travail structuré, permanent et régulier chaque jour, de façon professionnelle, avec compétences acquises, renouvelées et développées, dans une conduite éthique et responsable, vers un objectif déterminé qui est un fait de société : le long vieillissement.

Nous sommes « condamnés » à « prendre de l’âge » ensemble, autant y penser en amont, plutôt jeune que trop vieux !

Pour cela j’ai besoin de continuer d’apprendre et de partager idées, savoirs, expériences, réussites et échecs afin de les multiplier et m’enrichir d’échanges en réciprocité avec toute personne intéressée, jeune ou âgée.

C’est la condition de nombreux retraités, ils s’engagent de façon responsable, avec compétence, pour animer, gérer, entraîner, enseigner…, ils demeurent des professionnels et sont connus et reconnus compétents.

Je suis également « amateur » lorsque, par exemple, je bricole, jardine ou que j’essaie d’apprendre à jouer d’un instrument de musique ou m’exerce à chanter… mais, c’est pour moi, voire pour mes proches.

Nous sommes toutes et tous « retraités.es actifs.ves », mais nous pouvons choisir des moments d’inactivité dans nos modes, conditions, et environnements de vie.

Ainsi donc, si vieillir est le déroulement normal de la vie, le danger, aujourd’hui, est la non-anticipation de ce dernier tiers de vie, 60/ 90 ans, possible, demain 70/105 ans, probable.

Anticiper c’est « prévenir, devancer » (Littré) c’est penser pourquoi et comment protéger la bonne santé et l’autonomie, partager des intérêts personnels et collectifs dans des rencontres, projets, envies, passions… en participant à la construction d’une société de paix et de bonheur entre et avec quatre, cinq générations, dans le métissage des populations du local au mondial.

En m’inscrivant « retraité professionnel », je m’engage, pour les vingt prochaines années, dans cette entreprise de construction de demain.

Rejoignez-nous !

Pierre Caro

Retraité professionnel

chercheur autodidacte retraite et long vieillissement.
Blog professionnel : bienvieillirlongtemps.fr

Est-ce encore normal de vieillir? Par José Polard

Est-ce encore normal de vieillir? On constate une médicalisation de la vieillesse, toujours plus croissante.
Après 60 ans, la moitié des femmes et le tiers des hommes ont pris au moins un psychotrope dans l’année ! Voilà le chiffre « effarant » que nous livre le dernier rapport de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie ( le Monde du 7 septembre 2004). Entre les troubles du sommeil, les angoisses, les anxiétés et les divers troubles de l’humeur, se dessine un tableau du vieillir en France plutôt sombre et inquiétant.
Le vieillissement humain est-il encore perçu comme un processus naturel? Sans développer les perspectives transhumanistes qui ne l’intègrent plus dans l’évolution humaine, n’est-il pas en train de devenir une tare de la nature ou un raté de l’environnement ? Tel nous parait être le questionnement qui sous-tend cette surmédicalisation de la relation entre un prescripteur et un patient vieillissant.
Certes, l’ensemble de la population française est concernée par cette croissance folle de la consommation des produits psychotropiques.
Certes, comment ne pas effectuer un rapprochement avec le développement extraordinaire de la chirurgie plastique et des remèdes et pommades miracles contre le vieillissement et ses effets ?  Mais après tout, chacun et chacune agencent comme ils le souhaitent ou comme ils le peuvent, leur rapport à leur propre temporalité.
Certes enfin, on ne peut manquer d’être frappé par la formidable augmentation de prescription d’antidépresseurs en direction des 40/50 ans. Cette tranche d’âge correspond à la crise du milieu de vie, c’est à dire une période de l’existence où un sujet commence à se confronter, de différentes manières( corps, sexualité, famille, travail…) à la réalité de sa finitude mais aussi à ses idéaux, ses rêves et ses fantasmes.
Une insoutenable gravité de l’être en cours de vieillissement.
Pour revenir vers les seniors et les plus âgés, il nous semble qu’il y a, dans nombre de cas, confusion sur le plan du diagnostic, entre d’un côté la dépression organisée et de l’autre une insoutenable gravité de l’être éprouvée et manifestée à certains moments difficiles de l’existence. Par exemple la plainte que l’on peut entendre et observer chez des vieilles personnes n’est pas toujours à prendre au pied de la lettre ou du symptôme, mais constitue bien souvent une entrée en matière relationnelle, le début d’un lien à l’autre. De la même manière, nous observons des positions mélancoliques transitoires et réactives à des renoncements divers, qu’il faut distinguer de la dépression, voire de la mélancolie proprement dite.
Cette insoutenable gravité de l’être, au-delà des différences de personnalité ou des organisations psychopathologiques, nous apparaît comme un fait anthropologique de la vieillesse, une donnée structurelle du vieillissement. Autrement dit, un incontournable de l’aventure de l’existence humaine qu’accentuent l’extrême solitude de l’homo occidentalis et le mouvement répulsif vis à vis des marques de la vieillesse.
Nous souhaitons plutôt souligner le circuit suivant : le symptôme et la plainte d’une vieille personne se traduisent par une demande d’aide qui semble placer le médecin en difficulté si ce n’est en impuissance, puisqu’il est question d’un mal-être identitaire et existentiel, qu’il tente de compenser par la prescription. C’est alors qu’une réponse strictement, durablement médicamenteuse institue en quelque sorte la maladie mentale et son malade et rapidement tarit ce qui pouvait tenter de se dire, sans parler des effets secondaires préoccupants : risque accru de chutes, troubles confusionnels et cardiaques…
L’orientation de l’écoute et donc de la réponse déterminent fortement l’évolution et le devenir symptomatique, comme nous le montre Boris Cyrulnik lorsqu’il décrypte les ressorts de la résilience, autrement dit la capacité de rebondir.
La question centrale qui nous anime, quant nous écoutons une personne âgée est celle-ci. Comment favoriser une relance désirante, un certain goût de vivre ?
Un certain pragmatisme et la conviction que les gens ont au fond d’eux-mêmes ce qu’il faut pour redémarrer sont alors des outils indispensables avec en plus cette vérité que le travail clinique nous enseigne : vieillir n’est pas cesser de devenir.
José Polard, psychologue, psychanalyste.

La vieillesse n’est pas une maladie….heureusement

La vieillesse n’est pas une maladie … heureusement !

– « Il y a deux ans, le Néerlandais Émile Ratelband, a entamé une action en justice pour que sa date de naissance passe du 11 mars 1949 au 11 mars 1969 sur son état-civil. Ses arguments : l’annonce de son âge, qu’il ne paraissait pas, lui portait préjudice sur les réseaux sociaux de recherche d’emploi et sur les sites de rencontres. Et, ajoutait-il, « puisque nous avons le droit de changer de genre et de nom, pourquoi pas d’âge ? » Il a été débouté… Ce qui se prolonge ce n’est pas le grand âge, mais une sorte de nouvel âge moyen. Au Royaume-Uni, un retraité sur quatre retourne au travail, pour des motifs financiers, aussi pour retrouver le sentiment de l’utilité et échapper à la solitude. Beaucoup se sentent aujourd’hui à 70 ans dans la même forme physique qu’autrefois à 40 ans. » Extrait de Prospective, janvier 2020

– « De tout temps, on a parlé de « sénilité ». Mais aujourd’hui, avec l’augmentation de l’espérance de vie, le regard sur les personnes âgées souffrant d’un déficit cognitif lié tout simplement au vieillissement cérébral a changé. Et, avec lui, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, qui s’est considérablement étendu. Poser l’étiquette « Alzheimer » sur une personne ne fait qu’exprimer l’horreur qu’inspire le vieillissement à une société qui se croit éternellement jeune. Et à en exclure une partie de la population, nous dit Alain Jean, médecin généraliste et gériatre hospitalier, dans ce livre dérangeant et bouleversant. En nous faisant partager avec une profonde empathie ce que ressentent des personnes très âgées pour qui présent et passé se mêlent, deviennent de plus en plus flous, il aborde un débat plus que d’actualité : à force de vouloir maîtriser à tout prix la vieillesse et la mort, n’est-ce pas la médecine qui perd la raison ? » Extrait, Alain Jean, médecin généraliste et gériatre hospitalier. La vieillesse n’est pas une maladie : Alzheimer un diagnostique bien commode, Albin Michel, 2015

– Si octogénaires nous ne sommes « Plus si jeunes mais pas si vieux » nous pouvons agir pour donner du sens, de l’utilité et de l’agrément à l’allongement de la vie, aux personnes vieillissantes, autour de la 2e étape de la retraite. » Extrait, Old Up Association.

Ces trois extraits traduisent presque entièrement mon « souci ». Lors de mon entrée en situation de retraite, en 1997, j’espérais trente, quarante ans avant d’être, peut-être, vieux, et j’avais choisi un temps d’apprentissage pour essayer de répondre à : « pourquoi ? » « comment ? » je devais penser, construire ce long temps de vieillissement en bonne santé.

Demeurer jeune, impossible ; devenir sénile, je souhaite l’éviter ; donner du sens à mon dernier tiers de vie, c’est mon engagement premier afin de demeurer autonome dans mes choix d’expressions, de modes, de conditions, d’environnement de vie.

J’ai choisi d’apprendre tout au long de ma vie pour comprendre et entreprendre ce long vieillissement dans un équilibre harmonieux entre mes relations familiales et amicales ; mes repos et loisirs ; un travail choisi, appris, compris et entrepris pour demeurer citoyen dans une conduite « éthique et responsable » entre et avec quatre, cinq générations, dans le métissage des populations, l’ouverture et l’intérêt à construire la paix et le bonheur pour le plus grand nombre, pour comprendre sans en devenir esclave, les changements irrémédiables dus aux applications des progrès scientifiques, techniques, numériques… dans mes environnements de vie.

J’entreprends ma deuxième moitié de retraite 2020-2040 dans cet état d’esprit.

Rejoignez-nous, partager ne fera que multiplier nos idées, nos projets, nos responsabilités … pour une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âges !

Merci

Pierre Caro
retraité professionnel, chercheur autodidacte retraite et long vieillissement.

-Quelques chiffres. En 1939 : 580 000* naissances, nous sommes 413 000* octogénaires aujourd’hui ; et nous comptons 21 000 centenaires (2016) dont un sur deux vit au domicile ! 876 000* naissances en France en 1970, 270 000* seront probablement centenaires.
* chiffres arrondis Ined.