Archives mensuelles : mars 2021

Résister, responsabiliser, anticiper*

En 2000, à la fin de mes trois années d’apprentissage à l’Université Permanente de Nantes pour ma nouvelle carrière de retraité professionnel, j’avais titré mes deux mémoires de DU, santé et droit, identiquement : « Le rôle et la place possibles du retraité dans la société », avec l’idée de ne pas m’abandonner à la facilité : résister ; demeurer père et citoyen responsable : responsabiliser ; et envisager trois ou quatre décennies en capacité et autonomie : anticiper.

J’ignorais que je lirais ces trois valeurs dans la leçon de clôture de Madame Mireille Delmas-Marty* en 2011.

Faire valoir ses droits à retraite ne change rien aux devoirs de citoyen. Seul le temps de travail contraint devient un temps choisi qui peut être mis à disposition de la société, du territoire de vie à celui du monde, afin de demeurer vivant entre et avec trois, quatre générations, et ainsi ne pas s’isoler.

Choisir son ou ses engagements, suivant ses besoins ou nécessités, mettre ses savoirs et expériences au service d’un travail commun de réflexions et actions face aux situations essentielles, primordiales telles les conséquences d’un long temps de vieillissement, les causes et conséquences des changements climatiques, ou encore les grandes tendances technologiques, scientifiques, numériques, les recherches et développements, de défis auxquels nous devons nous préparer… ces problèmes de société qui sont encore, et malgré de nombreux efforts de volontaires, trop souvent à l’état de laxisme… d’irresponsabilité !

Je viens d’écrire quelques lignes précédemment où la pandémie est danger puisque contagieuse, alors que les changements climatiques ne sont qu’évaluation !

Nous devons toutes et tous revoir notre compréhension face à la mondialisation et le droit nous offre une orientation en organisant la société par des valeurs telles que l’égalité, la liberté, la laïcité ; une règle générale différenciée grâce à des catégories juridiques, hiérarchisées et appliquées par des autorités compétentes (mon résumé personnel !) ; sans oublier les valeurs humaines qui créent des liens tels le respect, la considération, l’écoute, la fraternité, la réciprocité…

Résister à la déshumanisation, responsabiliser les acteurs titulaires d’un pouvoir global et anticiper les risques à venir** » (page 23)

« Si la communauté mondiale se construit sur des récits d’anticipation plutôt que sur la mémoire d’un passé commun, le récit-catastrophe démobilise les énergies, comme le récit-programme uniformise les sociétés […] nous avons imaginé une « boussole des possibles » […] une rose des vents, ancrée au sol, permet de repérer les vents de la mondialisation : les vents principaux – comme sécurité, compétition, liberté et coopération ; et les vents « d’entre les vents » comme exclusion, innovation, intégration, conservation. Projetés vers le ciel, la rose terrienne devient ronde aérienne, une sorte de manège ou de grand bazar dans lequel les vents s’affrontent deux à deux : liberté/sécurité, coopération/compétition, etc. […] une spiral des humanismes qui s’élève vers le ciel, offrant un perchoir au « petit souffle innomé » qui représente l’élan vital de chaque citoyen du monde »*** extrait de Post-scriptum, p. 77.

Un petit souffle innomé, « celui des 99% des invisibles, en réciprocité au 1% des élites**** », ce que je m’emploie à changer dans ma seconde carrière de retraité professionnel.

Je demeure à votre disposition, vos remarques, suggestions, critiques… nourriront mon travail, merci
Pierre

retraité professionnel

* Delmas Marty, Mireille, Résister, responsabiliser, anticiper, Seuil, collection Débats, 2013.

** « Une boussole des possibles. Gouvernance mondiale et humanismes juridiques », Mireille Delmas-Marty, Collège de France, Leçon de clôture.

*** Delmas Marty, Mireille, Aux quatre vents du monde. Petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, Seuil, 2016, p. 127.

**** (Pierre Rosanvallon Collège de France)

La pandémie contagion, le climat évaluation !

 » La marge c’est ce qui fait tenir les pages ensemble » Jean Luc Godard.

Les informations concernant la pandémie Covid-19, une famille de virus qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume à des pathologies plus sévères, ont eu une audience plus attentive et réactive que celles des premières alertes climat en 1971 à Stockholm, annoncées par 30 scientifiques de 14 pays exprimant « un risque de changement global climatique, rapide et grave causé par les humains ».

Peut-être nous pouvons expliquer une partie de cette différence d’impact sur les populations par l’usage des mots qui ont été utilisés pour informer les citoyens.

Pour le virus Covid-19, nous parlons contagion : transmission d’une maladie d’un sujet malade à une personne saine. Cela ne tente personne, donc on réagit immédiatement.

Pour le climat nous parlons d’évolution : le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat GIEC créé en 1988 par l’Organisation météorologique mondiale OMM et l’ONU Environnement, en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état de connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade… cela intéresse peu, nous verrons bien… c’est pour plus tard…

Les effets d’un virus sont scientifiques, il appartient à la biosphère, avec l’atmosphère, l’hydrosphère et la lithosphère. Ce sont là les seules « réalités » absolues, objectives. Il nous appartient de nous prémunir -au pire, de nous soigner- contre ses effets dans un temps limité. La souffrance, la mort ou la vie font partie de cette réalité objective indépendamment de la conscience et des croyances humaines.

Est subjectif – suggère seulement- ce qui n’existe qu’à travers la conscience et les croyances d’un seul individu, ou intersubjectif au sein des réseaux de communication qui lie la conscience subjective de nombreux individus.

Si, citoyens, nous n’avons pas la possibilité de décider complètement des politiques, sauf aux moments de consultations électives démocratiques, nous sommes conscients et responsables de pouvoir modifier nos modes, conditions et environnements de vie. Limiter les influences des publicités, en nous attachant au nécessaire et indispensable de chacun avant de consommer des conforts exagérés, aurait une répercussion sur les productions industrielles, agricoles, commerciales, et, certainement, également sur nos rejets de déchets, nos mauvais usages de produits et matériels … .

Ces dernières décennies nous vivons six crises dans le monde : économique, énergétique, écologique et climatique, géopolitique, générationnelle et depuis 2019 pandémique qui amplifie l’ensemble !

Changer ne suffit plus. Il ne s’agit plus de répondre à une situation, mais d’anticiper celle-ci pour en déterminer les conséquences avant… l’irrécupérable, l’irrémédiable !

Comme dans une métamorphose où nous savons ce qu’est l’avant et ce que sera l’après, nous devons penser après-demain dans une autonomie réelle, une maturité construite, une responsabilité acquise et exercée avec compétence, dans une démarche voulue et déontologique.

Et si je ne voulais pas de cette société dans ce monde en crise ?

J’ai commencé à répondre en créant « retraité professionnel » pour qu’apprendre tout au long de ma vie me donne des outils tels que le bon sens, l’esprit critique constructif, raison et passion pour cette seconde carrière qui me fait demeurer dans le monde familial et amical, en même temps que celui du travail, entre et avec quatre générations, dans le métissage des populations, des cultures, des envies de partager pour nous enrichir, demeurer citoyen responsable et professionnel pour maintenir cette marge… essentielle aux pages de notre vie dans une communauté mondiale.

Pierre

retraité professionnel

Partager pour nous enrichir

Vous savez mon engagement de retraité professionnel depuis quelques mois, pour l’ouverture d’un centre de réinsertion des personnes emprisonnées pour une longue peine. Cette initiative veut créer un lieu en milieu rural pour accueillir des volontaires pour un retour dans la société par un sas d’intégration d’un an. Ce lieu est voisin de mon habitation. www.fermedekermadeleine.com

La ferme de Moyembrie fonctionne depuis 20 ans fermedemoyembrie.fr

Voici mes dernières lignes suite à notre rencontre du week-end.

Les cassures de vie ne sont ni faciles ni aisées à aborder, et souvent, moins encore, à réparer. Pourtant elles appartiennent au parcours de chaque citoyen* comme à la gouvernance des États, des régions, des territoires. Nous nous étions fixé un temps de rencontre pour apprendre en échangeant nos idées, nos savoirs, nos expériences, nos engagements personnels et collectifs, nos certitudes et nos doutes, nos espoirs nos craintes, voir nos peurs. Mais nous avions également comme intention de pré-construire quelques propositions, d’émettre quelques objectifs et projets en matière de réinsertion de personnes dans notre commune, quasi en qualité de voisins, en fin de longue peine de prison. Dans notre pays démocratique des Droits de l’homme, ces personnes condamnées par la justice de notre pays à effectuer une peine d’emprisonnement de longue durée, doivent retrouver leurs droits, leur liberté de penser et de s’exprimer à la fin de leur peine. Tout comme après un grave accident ou une longue maladie, lorsque nous sommes éloignés de la société qui continue d’évoluer, un temps de convalescence est nécessaire, indispensable afin de retrouver ou reconstruire nos repères. Le programme de Ker Madeleine offre un lieu ouvert sur le milieu rural pour retrouver un équilibre au sein d’un groupe structuré, organisé dans un encadrement professionnel adapté pour une réaptitude progressive au travail, à la responsabilité, aux respects des relations à soi-même et aux autres, aux lois, règles, usages… en vigueur dans la société du XXIe siècle. Dans ce temps, semblable à une « convalescence », pour continuer le parallèle fait avec la maladie, le rétablissement sera d’autant mieux réussi qu’il aura été favorisé par les relations avec les voisinages. Tout pareil comme la famille et les amis rendent visite, nous devrons être présents pour un rétablissement réussi.
Pierre retraité professionnel
* citoyen et citoyenne pour l’ensemble du texte