Archives de catégorie : Démographie

Apprendre a apprendre pour comprendre

Chers amies chers amis

Dans mes lignes précédentes je vous proposais quelques notes extraites de ma lecture de l’ouvrage de Bruno Tertrais « Le choc démographique » Odile Jacob février 2020.

Le 26 février Le Figaro publiait la chronique du blog* de Eric Zemmour, « La démographie, c’est le destin ».

Quelques lignes :

CHRONIQUE – Dans Le Choc Démographique, Bruno Tertrais admet l’importance de la démographie dans le bouleversement du monde. Mais il se perd dans ses contradictions à force de vouloir combattre les peurs.

On connaît tous le docteur Pangloss. Le célèbre personnage de Voltaire dans Candide incarne à jamais un providentialisme béat qui considère que tout ce qui arrive – même les pires catastrophes – est bel et bon pour l’humanité. En matière d’immigration, depuis quarante ans, qu’ils soient démographes, politiques, universitaires, journalistes, patrons, les Pangloss sont légion. Notre dernier Pangloss en titre a pour nom Bruno Tertrais.

Dans son livre Le Choc démographique, le politologue s’emploie à réfuter les thèses qu’il juge catastrophistes, en gros celle du «grand remplacement», et en particulier celle de Stephen Smith qui dans son livre, La Ruée vers l’Europe décrivait l’Afrique comme une «salle d’attente de 1,3 milliard d’habitants aux portes de l’Europe», et dont on comprend très vite qu’il est la cible principale de l’auteur. Tertrais nous inonde de chiffres pour mieux réfuter ceux du journaliste franco-américain. On restera extérieur à cette querelle ; on n’ignore pas qu’on fait dire…

Nous avons à notre disposition l’outil numérique qui multiplie informations et documentations. Comme tout outil il faut apprendre à l’utiliser au mieux de ce pourquoi, comment, par qui, dans quelles intentions il a été conçu.
C’est l’un des objectifs que je veux donner à ce blog professionnel Bien Vieillir Longtemps : échanger, partager, multiplier nos idées, nos projets, nos envies, nos passions…., accepter les remarques, critiques, suggestions… des autres pour avancer ensemble parce que nous comprendrons et respecterons tous les échanges construits pour nous enrichir de nos savoirs, expériences, réussites et échecs…

Apprendre tout au long de la vie et commencer par “Apprendre à apprendre”, André Giordan** nous enseigne comment apprendre efficacement et intelligemment; apprendre à apprendre est une compétence indispensable pour acquérir une méthode puissante pour réussir dans sa vie… .

Aider moi à apprendre tout au long de cette deuxième mi temps de retraite 2020-2040, Merci

*- https://ericzemmour.org

** – https://des-livres-pour-changer-de-vie.com/apprendre-a-apprendre/

Le Choc démographique, Bruno Tertrais, Odile Jacob, 2020.

Chères amies chers amis

Je me suis constitué un petit fonds documentaire évolutif, et je m’offre les ouvrages qui me semblent indispensables, nécessaires afin de développer réflexions et actions sur les conséquences d’un long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.

Aujourd’hui « Le Choc démographique » Bruno Tertrais, Odile Jacob février 2020.

Je vous livre rapidement le quatrième de couverture auquel j’ai ajouté quelques lignes de ma première lecture, ce type d’ouvrage nécessite, pour moi, des relectures, les évolutions demeurant très rapides, et les documents de sources diverses très nombreux.

Sommes-nous prêts au choc démographique qui s’annonce ?

« La population mondiale vit une transformation sans précédent, vieillissement des pays occidentaux, urbanisation effrénée, accroissement rapide de la population africaine… Mais aussi ralentissement de la croissance démographique et baisse de la fécondité au point d’être à très long terme la question qui risque de ne plus être « Sommes-nous trop nombreux ? », mais plutôt « Sommes-nous assez nombreux ? »

L’évolution de la population mondiale annonce des bouleversements économiques, sociaux, culturels et politiques majeurs… aujourd’hui, les conséquences des changements climatiques sont inséparables du débat sur la question de la population et des ressources. La question démographique est ainsi au cœur de toutes les problématiques sociétales contemporaines : ressources, climat, conflits, migrations, urbanisation, éducation, religions, emploi, retraites, santé… ainsi que, dans certains États, répartition des pouvoirs entre communautés, ethnies, ou nations. La démographie est un sport de combat politique…

La démographie n’est pas non plus déterministe, mais plutôt probabiliste. Elle n’est pas la « destinée » … elle est rarement la cause ultime des transformations économiques et encore moins le principal facteur déterminant des évolutions politiques : les guerres du Liban, du Rwanda, ou de Syrie n’ont pas été « causées » par les évolutions démographiques…

On l’a peu remarqué, mais la première décennie de notre siècle a constitué un véritable tournant dans l’histoire de l’humanité. Les plus de 65 ans sont désormais plus nombreux que les moins de 5 ans. Depuis la fin des années 2000, les urbains sont plus nombreux que les ruraux…. La transition démographique est en passe de s’achever et annonce des transformations peu connues : en 2020, par exemple, l’âge médian des Chinois dépasse pour la première fois celui des Américains. Quant à l’environnement européen, il est en pleine mutation : l’est du continent se vide, une partie du Moyen-Orient est entrée dans la modernité démographique, et la jeunesse africaine est en pleine expansion…

Dans les États modernes, les politiques de soutien à la famille (droits de la mère, gardes subventionnées, éducation, santé…) et au revenu des ménages (allocations, fiscalité… ) jouent un rôle indéniable pour maintenir celle-ci. Et « la meilleure façon de faire monter légèrement les taux de fécondité est de favoriser le rôle des femmes dans le monde du travail » rappelle Paul Morland1. « Ce sont les femmes actives qui quittent l’activité en raison d’une naissance supplémentaire et non les femmes inactives qui ont un enfant de plus » renchérit Hervé Le Bras2 … dans les sociétés développées, on explique également la faiblesse des taux de fécondité par les coûts induits (immobilier, éducation…), l’existence des systèmes de retraite (moindre besoin de soutien par les descendants) et, peut-être, par les exigences du marché du travail (mobilité… )

Plus âgé, la population mondiale est aussi désormais plus urbaine… une proportion qui ne fait que croître et pourrait atteindre 70 % à l’horizon 20503 … il y a aujourd’hui une trentaine de « mégavilles » de plus de 10 millions d’habitants : il pourrait y en avoir une quarantaine en 2030, la plupart en Asie de l’Est (Chine Japon) et du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh) à l’horizon 2035 New Delhi 43 millions, Tokyo 36, Shanghai 34, Dacca 31…. quant aux villes africaines, elles connaîtront une croissance spectaculaire. Le corridor urbain Accra-Lagos, 30 millions d’habitants aujourd’hui en comptera peut-être 50 en 2050.

Un surplus masculin… l’existence dans certaines régions du monde d’un « déficit de femmes » ou d’un « surplus d’hommes » «Élever une fille c’est cultiver le jardin d’un autre »dit-on en Chine. « C’est arroser le jardin de son voisin » prétend-on en Inde… Au tournant de la décennie alors que le ratio de masculinité à la naissance (RMN) naturel est de l’ordre de 105/100… il atteignait 116/100 en Chine et en Azerbaïdjan … le déficit féminin total prend des proportions spectaculaires : 126 millions en 2010, plus de 135 aujourd’hui, et peut-être 150 à l’horizon 2035 (là encore, aux quatre cinquièmes en Inde et en Chine)4

Il a fallu cent quatorze ans à la France, le premier pays à avoir connu le phénomène de vieillissement, pour connaître un doublement en proportion de sa population la plus âgée : il n’en faudra que dix sept au Vietnam, dix huit à la Corée du Sud, vingt-quatre au Japon, vingt-cinq à la Chine, vingt-huit à l’Inde…

L’effondrement méconnu de la « Mitteleuropa ». Le vieux continent n’a jamais autant mérité son surnom : l’âge médian en Europe est aujourd’hui de 43 ans, et un cinquième de sa population à plus de 65 ans (alors que c’est moins d’un dixième à l’échelle mondiale) … La Mitteleuropa, il faut le redire, est une exception mondiale. C’est là que se trouve la quasi-totalité (14 sur 15) des pays du monde appelés à perdre, selon les prévisions de l’ONU, plus de 15 % de leur population d’ici à 2050….

Le Moyen-Orient est entré de plain-pied dans la transition démographique dans les années 1970-1980. Sur l’ensemble du monde musulman, l’ICF est passé de 6,8 à 3,7 entre 1975 et 2005…. en Afrique subsaharienne, l’âge médian est encore inférieur (18,7 ans) 62 % de la population y a moins de 25 ans …. C’est au Niger, dans la région de Maradi, que se situe le record du monde de la fécondité, avec un ICF atteignant localement 8,4 enfants par femme… Mabingue Ngom, directeur général du Fonds de l’ONU : « rien ne se fera tant que l’homme ne changera pas d’attitude vis-à-vis de son épouse, de sa fille, de sa mère, de sa voisine »5… Pour l’heure, toutefois, c’est sur ce continent que vivent aujourd’hui 70 % des plus démunis, une proportion qui atteindra 90 % en 2030- non du fait de l’appauvrissement économique du continent, mais en raison de sa croissance démographique, alors que parallèlement, le reste du monde se développe beaucoup plus vite. L’Afrique est le seul continent où, en valeur absolue (mais non en proportion de la population) le nombre de pauvres continuera à augmenter pendant sans doute encore une ou deux décennies. « Ce n’est pas un appauvrissement de l’Afrique, mais une africanisation de la pauvreté » L’Afrique sera le dernier continent à connaître la transition démographique. La manière dont celle-ci se produira déterminera une grande partie de l’état de la population mondiale en 2100.

Vers une nouvelle hiérarchie des puissances. La taille de la population et sa croissance furent longtemps assimilées à la vigueur d’une nation…. « Ce qui fait la grandeur d’une cité, ce n’est pas qu’elle soit populeuse », disait Aristote6

Le démographe Hervé Le Bras avance : « l’esprit d’innovation, l’adoption de nouvelles techniques et de nouveaux modes de pensée dépendent de l’organisation sociale, et non de la biologie ou du nombre… il n’y a pas de richesse que d’hommes. La véritable richesse réside dans l’organisation sociale, dans l’architecture des liens que les hommes, ces animaux sociaux, parviennent à établir pour vivre cependant ensemble7 ». Les pays ayant entamé leur transition démographique sortent, eux, du piège malthusien (absorption des gains de PIB/habitant par la croissance démographique) et peuvent bénéficier sous certaines conditions – diminution de la fécondité investissement dans l’éducation supérieure, opportunité d’emploi urbain – de ce que l’on appelle un dividende ou bonus démographique, situation transitoire dans laquelle une importante population en âge de travailler n’a pas à soutenir une large population d’inactifs… Et la ressource humaine garde toute son importance aujourd’hui : dans les économies modernes axées sur les services, disposer d’un grand nombre de travailleurs qualifiés est un atout incontestable.

En 2030, la hiérarchie des puissances fera apparaître trois géants – l’Inde, la Chine, les États-Unis, et trois pays que l’on pourrait qualifier de mégas émergents : l’Indonésie, le Nigeria et le Pakistan. L’Europe aura déjà décliné, à cet horizon la population du continent pourrait ne compter que 741 millions d’habitants (747 aujourd’hui) dont une Russie qui serait passé de 145 à 143 millions d’habitants.

En 2050 l’Inde pourrait compter 1,6 milliard d’habitants, la Chine 1,4, le Nigeria 401 millions, les États-Unis 379, le Pakistan 338… en 2100 l’Inde 1,5 milliard, contre 1 milliard seulement pour la Chine… le croisement de leurs courbes de population devrait intervenir dès 2027 (1,44 milliard chacun) … s’il n’est déjà réalisé8.

Car la Chine achève sa transition démographique, et sa population en âge de travailler décline depuis 2015. Sa croissance a déjà fortement ralenti et elle connaîtra bientôt un malus démographique qui pourrait représenter 0,7 % du PIB dans les années 20309. Contrairement au Japon et comme on l’a dit, « elle va vieillir avant d’être riche10 »… Et quand la Chine grisonnera… l’Inde s’éveillera… elle aura bien plus d’hommes et de femmes en âge de travailler et disposant d’un haut degré d’éducation que n’en aura son voisin, et cet avantage ira croissant (63 % en 2050, contre 51 % en Chine). En 2050 l’âge moyen sera de 38 ans… contre prés de 50 ans en Chine.

Trop d’humains, pas assez de ressources ? L’arc de crise : démographie, crises, conflits. La réalité des flux migratoires…. Ce sont les titres des chapitres suivants… à découvrir dans l’ouvrage …. je vous transmettrai ma lecture dans les temps prochains.

En attendant, je serai heureux de partager vos échanges, afin d’enrichir mes savoirs pour continuer mon projet de retraité professionnel : «  l’élaboration du projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.
Pierre ,
retraité professionnel

1Cité in Mahler Thomas « c’est la technologie qui nous permettra de nourrir 11 milliards d’humains » Le Point 15 octobre 2019

2 Le Bras Hervé « Questions de migration » Fondation Jean Jaurès 7 novembre 2019

3World Urbanization Prospects : The 2018 Revision ONU 2018

4Bongaarts John Guimoto Christophe Z, How many more missing women ? Excess female mortality and prenatal sex selection 1970-2050 Population and Development Review 16 juin 2015

5Cité in Valo Martine « Les forts taux de fécondité en Afrique sont un facteur de fragilisation » Le Monde 16 février 2019

6Aristote La politique VII 4

7Le Bras Hervé L’Adieu aux masses. Démographie politique. L’Aube 2002 P 51 et 87.

8Certains démographes soupçonnent Pékin de surévaluer l’ampleur de sa population. Il est vrai que celle-ci peut aussi être un enjeu de compétition entre régions pour les subventions et les investissements du gouvernement central

9Deal Jacqueline, Szony Michael «  China’s demographic trends. How will they matter ?» in China’s Changing Family Structure. Dimensions and Implications. American Entreprise Institute 2019, p 130

10La fin de cette politique – largement assouplie dans les faits depuis longtemps – a été annoncée en octobre 2015. Rappelons que la fécondité chinoise avait commencé à décliner avant la mise en place (1979) de la politique de l’enfant unique.