Archives de catégorie : Vieillesse

Edito : Faut-il supprimer les maisons de retraite ?

Annie de Vivie, fondatrice d’Agevillage, directrice des formations Humanitude. mis à jour le 08/09/2020

Pour quelles alternatives ?

Voilà une drôle de question, qui circule sur les réseaux sociaux , dans les médias (Courrier international) et les plateaux de télévision (Magazine de la santé sur France 5/Allo docteur).
Il est vrai que l’image de ces maisons de retraite, ces mal nommés EHPAD (Etablissements pour personnes âgées dépendantes), en a encore pris un coup avec la crise sanitaire.

Le décompte macabre des morts chaque jour à la télévision était à peine compensé des applaudissements aux professionnels de terrain.

Les ministres chargées de l’autonomie et de l’insertion, mesdames Bourguignon et Klinkert ont justement rendu visite à ces équipes. Elles ont choisi rendre hommage à des professionnels d’établissements et de services à domicile du Grand Est, qui ont particulièrement souffert (décès de résidents et d’une aide-soignante), mais n’ont pas déserté et sont venu prendre soin chaque jour des plus malades.

Alors pourquoi cette question : faut-il supprimer les maisons de retraite ?

Parce qu’on ne veut plus y entrer ? Souhaite-t-on entrer dans un service de réanimation ? Non, et pourtant nous comptons sur eux ! Il en est de même quand la maladie s’aggrave, que le besoin d’aides, de présences professionnelles, devient nécessaire 24 heures sur 24 avec une qualité de prendre soin qui permet d’éviter les troubles du comportement et de continuer à bricoler sa vie, son projet d’accompagnement personnalisé….. Extrait de Agevillage Le site d’infos des seniors et aidants.

Réaction de Pierre Caro,

Bonjour

Vous le savez, je consacre ma retraite, depuis 1997, à un travail de réflexions et d’actions sur les conséquences d’un long vieillissement, ce dernier tiers de vie 60/90 ans possible, 65/100 ans et plus probable demain.

Si vieillir en bonne santé et autonomie est un grand bonheur, le danger est dans la non-anticipation de ce long temps de vieillissement avec la conscience des changements irrémédiables.

Octogénaire, je n’envisage pas, passées ces 20 prochaines années, mon entrée dans une maison de retraite, ou Ehpad…, mais ce sont sans doute mes enfants qui « penseront que c’est mieux pour moi » !

Je ne sais répondre à la question, ce que j’ai appris, durant ces plus de 20 années de travail sur le vieillissement, c’est que la question « économique » passe avant celle du professionnalisme.

Fâcheuse tendance, en France, c’est mon sentiment, il y a les professionnels reconnus, et les autres ; des discriminations de genre : les femmes, nous avons un gros travail à entreprendre ; discrimination de profession : médecin, ingénieur et technicien de surface ou femme de ménage… ; discrimination de secteur d’activité : de l’informatique au gardiennage, de la production à l’entretien… ; discrimination de sexe et là, « vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre » supériorité des femmes dans les professions de représentation telles les hôtesses, il n’y a pas de masculin, au point qu’un homme serait dévalorisé ou devenu… douteux !… ; discrimination d’âge…

Mais je ne suis que professionnel retraité et j’ai conscience de mes ignorances.

Dans les premières rencontres entre personnes, une question apparaît rapidement « quelle profession exercez-vous ou exerciez-vous ? » ou « vous travaillez dans quel secteur ? »… des valeurs qui comptent, plus rarement : combien gagnez-vous… sauf, si c’est une situation de type « alliance maritale » ! ! !

Je suis chaque jour davantage convaincu qu’en priorité l’éducation, la formation, et la valorisation des professions, peuvent changer les états actuels du regard sur les maisons de retraite et Ephad. Nous devons toutes et tous travailler sur cet objectif.

Donner l’envie à des jeunes de devenir de vrais professionnels connus et reconnus auprès des âgés, et faire qu’ils n’auront rien à envier à n’importe quelle autre profession ou situation.

Que l’un de vos enfants ou petits-enfants travaille dans le lieu change beaucoup l’appréhension par le fait qu’on est malgré tout, persuadé que c’est un bon professionnel, consciencieux.

Oui pour donner un label de qualité de vie ( milieu, ressources, relations, formations tout au long de la carrière, promotions…) pour ces professions, ce doit être une parmi les priorités immédiates.

Les responsabilités et engagements sont à partager entre citoyens, élus et responsables des politiques humaines, sociales, économiques, culturelles, d’environnements… .

Nous vieillissons tous, c’est irrémédiable, travaillons ensemble pour que MON entrée en maison de retraite ou en Ehpad soit la plus sereine possible… le plus important demeurant ma petite personne ! ! !

Garder en mémoire qu’apprendre à bien vieillir longtemps fait partie intégrale de l’apprentissage tout au long de la vie.

Amitiés à toutes et tous… Et heureux d’échanger savoirs, expériences, idées, passions… autant d’outils qui nourrissent mon travail de retraité professionnel. Merci.

Conseil National de la Nouvelle Resistance

Chères amies, chers amis.

Le Conseil National de la Nouvelle Résistance a annoncé sa création mercredi 13 mai 2020

«Offrir un point de ralliement à toutes celles et ceux, et ils sont nombreux aujourd’hui, individus, collectifs, mouvements, partis et syndicats, qui pensent que les jours heureux ne sont pas qu’une formule vide de sens mais le véritable horizon d’un programme politique… Bertolt Brecht le disait clairement : « Ceux qui se battent peuvent perdre, ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu. » Extrait Presse nationale.

Consacrant ma retraite, 1997, à un travail de réflexions et actions sur  « l’élaboration du projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés » je suis convaincu que le rôle et la place des retraités.es, sont essentiels, nécessaires et indispensables pour construire des jours heureux entre et avec quatre, cinq générations, dans le métissage des populations, de leurs cultures. Le danger est dans la non anticipation de ce long temps de vieillissement.

Je souhaite participer à l’engagement du Conseil National de la Nouvelle Résistance, CNNR, merci de votre soutien.

Pierre Caro retraité professionnel

Est-ce encore normal de vieillir? Par José Polard

Est-ce encore normal de vieillir? On constate une médicalisation de la vieillesse, toujours plus croissante.
Après 60 ans, la moitié des femmes et le tiers des hommes ont pris au moins un psychotrope dans l’année ! Voilà le chiffre « effarant » que nous livre le dernier rapport de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie ( le Monde du 7 septembre 2004). Entre les troubles du sommeil, les angoisses, les anxiétés et les divers troubles de l’humeur, se dessine un tableau du vieillir en France plutôt sombre et inquiétant.
Le vieillissement humain est-il encore perçu comme un processus naturel? Sans développer les perspectives transhumanistes qui ne l’intègrent plus dans l’évolution humaine, n’est-il pas en train de devenir une tare de la nature ou un raté de l’environnement ? Tel nous parait être le questionnement qui sous-tend cette surmédicalisation de la relation entre un prescripteur et un patient vieillissant.
Certes, l’ensemble de la population française est concernée par cette croissance folle de la consommation des produits psychotropiques.
Certes, comment ne pas effectuer un rapprochement avec le développement extraordinaire de la chirurgie plastique et des remèdes et pommades miracles contre le vieillissement et ses effets ?  Mais après tout, chacun et chacune agencent comme ils le souhaitent ou comme ils le peuvent, leur rapport à leur propre temporalité.
Certes enfin, on ne peut manquer d’être frappé par la formidable augmentation de prescription d’antidépresseurs en direction des 40/50 ans. Cette tranche d’âge correspond à la crise du milieu de vie, c’est à dire une période de l’existence où un sujet commence à se confronter, de différentes manières( corps, sexualité, famille, travail…) à la réalité de sa finitude mais aussi à ses idéaux, ses rêves et ses fantasmes.
Une insoutenable gravité de l’être en cours de vieillissement.
Pour revenir vers les seniors et les plus âgés, il nous semble qu’il y a, dans nombre de cas, confusion sur le plan du diagnostic, entre d’un côté la dépression organisée et de l’autre une insoutenable gravité de l’être éprouvée et manifestée à certains moments difficiles de l’existence. Par exemple la plainte que l’on peut entendre et observer chez des vieilles personnes n’est pas toujours à prendre au pied de la lettre ou du symptôme, mais constitue bien souvent une entrée en matière relationnelle, le début d’un lien à l’autre. De la même manière, nous observons des positions mélancoliques transitoires et réactives à des renoncements divers, qu’il faut distinguer de la dépression, voire de la mélancolie proprement dite.
Cette insoutenable gravité de l’être, au-delà des différences de personnalité ou des organisations psychopathologiques, nous apparaît comme un fait anthropologique de la vieillesse, une donnée structurelle du vieillissement. Autrement dit, un incontournable de l’aventure de l’existence humaine qu’accentuent l’extrême solitude de l’homo occidentalis et le mouvement répulsif vis à vis des marques de la vieillesse.
Nous souhaitons plutôt souligner le circuit suivant : le symptôme et la plainte d’une vieille personne se traduisent par une demande d’aide qui semble placer le médecin en difficulté si ce n’est en impuissance, puisqu’il est question d’un mal-être identitaire et existentiel, qu’il tente de compenser par la prescription. C’est alors qu’une réponse strictement, durablement médicamenteuse institue en quelque sorte la maladie mentale et son malade et rapidement tarit ce qui pouvait tenter de se dire, sans parler des effets secondaires préoccupants : risque accru de chutes, troubles confusionnels et cardiaques…
L’orientation de l’écoute et donc de la réponse déterminent fortement l’évolution et le devenir symptomatique, comme nous le montre Boris Cyrulnik lorsqu’il décrypte les ressorts de la résilience, autrement dit la capacité de rebondir.
La question centrale qui nous anime, quant nous écoutons une personne âgée est celle-ci. Comment favoriser une relance désirante, un certain goût de vivre ?
Un certain pragmatisme et la conviction que les gens ont au fond d’eux-mêmes ce qu’il faut pour redémarrer sont alors des outils indispensables avec en plus cette vérité que le travail clinique nous enseigne : vieillir n’est pas cesser de devenir.
José Polard, psychologue, psychanalyste.

La vieillesse n’est pas une maladie….heureusement

La vieillesse n’est pas une maladie … heureusement !

– « Il y a deux ans, le Néerlandais Émile Ratelband, a entamé une action en justice pour que sa date de naissance passe du 11 mars 1949 au 11 mars 1969 sur son état-civil. Ses arguments : l’annonce de son âge, qu’il ne paraissait pas, lui portait préjudice sur les réseaux sociaux de recherche d’emploi et sur les sites de rencontres. Et, ajoutait-il, « puisque nous avons le droit de changer de genre et de nom, pourquoi pas d’âge ? » Il a été débouté… Ce qui se prolonge ce n’est pas le grand âge, mais une sorte de nouvel âge moyen. Au Royaume-Uni, un retraité sur quatre retourne au travail, pour des motifs financiers, aussi pour retrouver le sentiment de l’utilité et échapper à la solitude. Beaucoup se sentent aujourd’hui à 70 ans dans la même forme physique qu’autrefois à 40 ans. » Extrait de Prospective, janvier 2020

– « De tout temps, on a parlé de « sénilité ». Mais aujourd’hui, avec l’augmentation de l’espérance de vie, le regard sur les personnes âgées souffrant d’un déficit cognitif lié tout simplement au vieillissement cérébral a changé. Et, avec lui, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, qui s’est considérablement étendu. Poser l’étiquette « Alzheimer » sur une personne ne fait qu’exprimer l’horreur qu’inspire le vieillissement à une société qui se croit éternellement jeune. Et à en exclure une partie de la population, nous dit Alain Jean, médecin généraliste et gériatre hospitalier, dans ce livre dérangeant et bouleversant. En nous faisant partager avec une profonde empathie ce que ressentent des personnes très âgées pour qui présent et passé se mêlent, deviennent de plus en plus flous, il aborde un débat plus que d’actualité : à force de vouloir maîtriser à tout prix la vieillesse et la mort, n’est-ce pas la médecine qui perd la raison ? » Extrait, Alain Jean, médecin généraliste et gériatre hospitalier. La vieillesse n’est pas une maladie : Alzheimer un diagnostique bien commode, Albin Michel, 2015

– Si octogénaires nous ne sommes « Plus si jeunes mais pas si vieux » nous pouvons agir pour donner du sens, de l’utilité et de l’agrément à l’allongement de la vie, aux personnes vieillissantes, autour de la 2e étape de la retraite. » Extrait, Old Up Association.

Ces trois extraits traduisent presque entièrement mon « souci ». Lors de mon entrée en situation de retraite, en 1997, j’espérais trente, quarante ans avant d’être, peut-être, vieux, et j’avais choisi un temps d’apprentissage pour essayer de répondre à : « pourquoi ? » « comment ? » je devais penser, construire ce long temps de vieillissement en bonne santé.

Demeurer jeune, impossible ; devenir sénile, je souhaite l’éviter ; donner du sens à mon dernier tiers de vie, c’est mon engagement premier afin de demeurer autonome dans mes choix d’expressions, de modes, de conditions, d’environnement de vie.

J’ai choisi d’apprendre tout au long de ma vie pour comprendre et entreprendre ce long vieillissement dans un équilibre harmonieux entre mes relations familiales et amicales ; mes repos et loisirs ; un travail choisi, appris, compris et entrepris pour demeurer citoyen dans une conduite « éthique et responsable » entre et avec quatre, cinq générations, dans le métissage des populations, l’ouverture et l’intérêt à construire la paix et le bonheur pour le plus grand nombre, pour comprendre sans en devenir esclave, les changements irrémédiables dus aux applications des progrès scientifiques, techniques, numériques… dans mes environnements de vie.

J’entreprends ma deuxième moitié de retraite 2020-2040 dans cet état d’esprit.

Rejoignez-nous, partager ne fera que multiplier nos idées, nos projets, nos responsabilités … pour une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âges !

Merci

Pierre Caro
retraité professionnel, chercheur autodidacte retraite et long vieillissement.

-Quelques chiffres. En 1939 : 580 000* naissances, nous sommes 413 000* octogénaires aujourd’hui ; et nous comptons 21 000 centenaires (2016) dont un sur deux vit au domicile ! 876 000* naissances en France en 1970, 270 000* seront probablement centenaires.
* chiffres arrondis Ined.