De l’École à la Formation* tout au long de la vie !

Dans « Une école qui peut mieux faire » Monique Canto Sperber** écrit : «…  L’autonomie scolaire peut être une solution pour renouveler l’école française. L’enjeu est de taille : recréer un système éducatif qui favorise la croissance, renforce la cohésion sociale et crée aussi l’espoir en l’avenir ».

Mon travail de réflexions et actions sur les conséquences d’un long temps de vieillissement dans le monde, depuis 1997, confirmé par ma situation actuelle d’octogénaire, m’ont appris, entre autres connaissances, que pour bien vieillir longtemps il fallait prendre soin et conserver une bonne santé, avoir une capacité d’autonomie responsable pour un projet de vie qui anticipe, au mieux, les risques possibles «  Le risque est devenu la mesure de notre action, il est une transformation de la modernité » selon Ulrich Beck (1944-2015)

L’École a été importante en décidant d’une part de mes apprentissages futurs, ceux de ma formation professionnelle et, tout au long de ma carrière, dans une formation continue. Elle est depuis mon entrée en situation de retraite, formation permanente pour demeurer, le plus longtemps possible en mesure d’assumer mes engagements de citoyen âgé responsable, en continuant d’apprendre par les échanges de savoirs et d’expériences de chaque jour.

J’ai pris conscience combien transmettre est la possibilité de partager. Il ne s’agit plus de savoir, mais de capacité à « mettre en jeu » mes acquis afin de les enrichir par les partages avec toutes les différences qui sont nos richesses communes, celles qui font société.

Celles d’une société mondiale ouverte où chaque citoyen doit pouvoir entrer sur la scène publique avec le droit au respect dans le dialogue, dans la réalisation de son projet de vie aujourd’hui entre quatre, cinq générations dans le métissage des populations et de leurs cultures.

Je vous ai fait part de mon projet d’ouverture d’une « Chaire citoyenne  » Il ne s’agit plus des seuls savoirs universitaires indispensables, mais d’acquérir l’esprit critique afin de demeurer en capacité d’apprendre pour comprendre et entreprendre les politiques – manières de gouverner – de nos sociétés dans ce XXIe siècle où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés, au moins pour les décennies prochaines.

Ce temps où j’ai le devoir de comprendre les évolutions climatiques actuelles sur une terre dont les surfaces habitables, diminuent, où les ressources naturelles s’épuisent chaque année plus tôt, le 28 juillet pour 2022. Une société où le mal de vivre de nombreux humains augmente à mesure que les progrès se développent. C’est ma génération qui a créé, en partie, cet état général mondial. Je me sens responsable d’entreprendre auprès des générations plus jeunes de partager ce que nous avons réussi afin qu’ils les développent, et nos échecs afin qu’ils ne les reproduisent pas.

Le territoire est la base des projets à taille humaine qui doivent être menés par et pour toutes les populations.

J’ai beaucoup de choses à apprendre pour continuer à comprendre, et assumer correctement mes engagements de citoyen âgé responsable. Voulez-vous partager avec moi, retraité professionnel, au moins les quinze prochaines années de ma seconde carrière 2000-2040 ? Voulez-vous faire de votre long temps de retraite et vieillissement un projet pour « recréer un système éducatif et de formation permanente, qui favorise la croissance, renforce la cohésion sociale et crée aussi l’espoir en l’avenir » ?

Je demeure à votre disposition

Pierre Caro

retraité professionnel, retraite et long vieillissement.

* les majuscules sont volontaires pour marquer l’intérêt que je porte

** Une école qui peut mieux faire. L’autonomie pour un meilleur système éducatif, Albin Michel, 2022.
Monique Canto Sperber, philosophe, directrice recherche CNRS, ancienne directrice ENS…

Quelle priorité face aux désordres de la société ?

La question à nous poser est peut-être de savoir pourquoi nous regardons « la maison brûler* » sans avoir conscience qu’elle est à l’origine de la vie ? Que cette vie n’aurait pas été possible sans les partages accidentels ou naturels à l’intérieur de cette maison ?

Ceux qui regardent la maison brûler ne sont pas chez eux, sans quoi ils appelleraient les pompiers. Sans doute ont-ils d’autres projets plus prenants ?

Durant ces huit décennies, je n’ai connu qu’une société en progrès, par la paix en Europe. Les progrès ont ouvert portes et fenêtres de notre maison pour jouir sans autre raison que celle de profiter de la vie.

L’ignorance étant sans doute l’un des pires états, peu- être devrions-nous commencer par l’école du citoyen responsable, capable d’esprit critique constructif. Je me rends compte que mes enseignants des classes primaires à l’enseignement supérieur m’ont fait connaître les meilleurs de l’époque, ceux qui « pensaient » la société du bien être demain. Les résultats ne sont pas aussi enchanteurs, de profondes et nombreuses inégalités sont nées de nos choix de modes, conditions et environnements de vie. J’en ai pris conscience, avec davantage d’attention, lors de mon entrée en situation de retraite… je n’avais que cela à penser, diront certains…

Les conséquences des évolutions climatiques inquiètent certaines et certains d’entre nous, à des sensibilités ou pour des intérêts différents. Il faut attendre des évènements tragiques pour « démontrer » l’état de notre situation mondiale.

Depuis mon entrée en situation de retraite j’ai appris que si le vieillissement est un état normal, le danger dans cette société était dans le long temps de vieillissement, ce dernier tiers de vie, 60/90 ans possible aujourd’hui, 65/100 ans et plus probable demain.

«Comment, dans le contexte de la mondialisation, l’humanité peut-elle concilier les nécessités économiques avec le fait incontournable que les ressources naturelles sont limitées ? » Pierre Calame**

Quelle gouvernance*** face aux évolutions rapides de la nature et des territoires, au fait qu’aucun problème sérieux de nos sociétés ne peut se traiter à un seul niveau ? Il nous faut apprendre pour comprendre à gérer les relations, produire à la fois plus d’unité et plus de diversité.

Le principe de subsidiarité active oppose aussi à la gouvernance segmentée, si caractéristique de nos institutions publiques, une approche globale qui ne peut être que territorialisée. Enfin, la mise en œuvre de ce principe permet de dissocier légitimité d’exercice du pouvoir et légalité de cet exercice : la légitimité, c’est le sentiment de la majorité de la population d’être gouvernée au bénéfice de l’intérêt commun ; la légalité c’est le fait d’avoir nommé les dirigeants selon des règles convenues… Extrait

J’ai compris que l’important était dans « l’anticipation » comment, pourquoi, avec qui, où… ? Je construis demain… 2050, la fin du siècle… mes arrière-petits-enfants auront mon âge.

Pour ne pas ajouter aux désordres, partager mes savoirs et expériences afin de les multiplier ; continuer ma seconde carrière de retraité professionnel en participant à la construction de ce que je souhaiterais qu’ils vivent, dans une société qui soit la leur, où ils seront heureux dans la paix de leur maison dans leur territoire choisi.

Quelles priorités : l’éducation et la formation pour acquérir l’esprit critique, la formation continue afin de comprendre pour participer, les relations aux autres dans les métissages des populations, des cultures, des projets pour un monde de paix, de responsabilité, d’humanité partagée dans le respect de chacun et de tous.

J’aime à faire savoir que je suis un privilégié : patriarche de quatre générations (10 arrière-petits-enfants) tous en bonne santé, pour ceux en activité, passionnés par leur carrière ; aîné d’une fratrie de six enfants, en retraite, dont trois octogénaires ; de nombreux amis et voisins… je veux partager ce privilège.

Pierre

retraité professionnel retraite et long vieillissement

* Petit rappel d’il y a 20 ans ! « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » est une phrase prononcée par Jacques Chirac, président de la République française, en ouverture de son discours devant l’ assemblée plénière du IVe Sommet de la Terre le 2 septembre 2002 à Johannesburg, en Afrique du Sud . En se référant en particulier au réchauffement climatique, la déclaration du chef de l’État français fait à la fois le constat de la destruction de la Nature et la critique de l’indifférence des habitants de la Terre face à cette catastrophe qui mettrait pourtant à l’épreuve et en danger l’espèce humaine tout entière.

** Pierre Calame.Petit traité d’oeconomie 2028 Etude. « En 1755, l’Encyclopédie jette un « o » à la poubelle : ce qui s’appelait jusque-là « œconomie » devient « économie ». En perdant son « o », l’économie perd aussi progressivement la mémoire de son sens premier (oïkos, maison, nomos, loi), et s’autonomise de la gestion du reste de la société jusqu’à présenter les lois qu’elle énonce comme des lois naturelles auxquelles on ne peut que souscrire. Mais aujourd’hui, l’humanité est confrontée à une exigence pressante : assurer le bien-être de tous dans le respect des limites de la planète. Seul un retour à l’œconomie peut permettre de concilier les nécessités économiques avec le fait incontournable que les ressources naturelles sont limitées, et c’est l’objet de ce petit traité. En assumant pleinement son étymologie, l’œconomie devient ainsi la branche de la gouvernance qui s’applique aux domaines particuliers de la production, de la circulation et de la consommation de biens et de services. Pierre Calame démontre que c’est en y revenant qu’il sera possible d’assurer à la société la maîtrise collective et démocratique de son propre destin » 4 e de couverture Ed CLM

*** La gouvernance à multi-niveaux Article pour la Fondation Jean Jaurès Pierre Calame FPH, 12 décembre 2013, 9 pages (bip 4818)

Construire les relations entre les générations

J’ai le souvenir d’une longue discussion avec Geneviève Laroque, 1930-2012, alors Présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie, à propos de l’intergénérationnel : « ce n’est pas en prenant un enfant sur mes genoux que je crée une relation entre générations »

SENIORACTU Article publié le 16/03/2022 à 08:15

Gouvernement : un plan renforçant l’intergénération dans les écoles et les lieux de vies des aînés. Extrait

On le sait, de nos jours, la question des solidarités intergénérationnelles est devenue primordiale avec 2 millions de nos concitoyens âgés qui vivent isolés de cercles familiaux et amicaux. Et la pandémie n’a bien évidemment rien arranger à la chose ! …et de retisser les liens entre générations (qui tendent à se déliter d’une manière générale), ces deux ministres ont décidé de déployer différentes actions visant à développer les partenariats entre les maisons de retraite (EHPAD), les résidences autonomie et les écoles … .

Pour Jean-Michel Blanquer : « en enseignant à nos près de 13 millions d’élèves des savoirs, mais aussi des valeurs, nos professeurs assurent jour après jour cet acte au fondement de toute société, source de lien entre les individus, l’acte de transmission ».
De son côté, Brigitte Bourguignon indique : « 
la crise nous a démontré l’importance de refonder un nouveau pacte entre les générations. Je refuse de voir se creuser un écart entre jeunes et anciens et je ne crois pas à la fatalité d’une guerre de générations. Ce n’est pas ce que veulent les Français ».

Voyez-vous, ce qui m’inquiète un peu tout de même, c’est qu’il n’ai aucunement question de la famille (sauf erreur) de la part de ces deux Ministres ?

Pourtant notre première relation avec une autre génération c’est bien celle avec nos parents ?

Alors je suis très fier et très heureux de vous écrire les relations entre les générations dans ma famille, c’est celle que je connais le mieux. Aîné d’une fratrie de six enfants ; père de trois enfants ; grand-père de neuf petits-enfants et arrière-grand-père de dix arrière-petits-enfants. Je pense voir naître la cinquième génération … mon arrière-petite fille a passé 17 ans !

Mes relations de patriarche avec tout ce petit monde sont hebdomadaires en moyenne. Notre fratrie se réunit plusieurs fois l’an pour un bon repas. Les nièces, neveux et petits nièces et neveux, participent aux rencontres anniversaires, nous sommes tous dans un rayon de 200 km.

Peut être ne vous rendez vous pas compte mais de ma descendance, j’en suis à 34 anniversaires, ma fratrie avec nièces et neveux 24 anniversaires… un pour chaque semaine de l’année…

Je me permets d’ajouter les amis les plus proches, dont les enfants et petits enfants m’appellent « pépé » comme ma famille … et l’isolement ne me semble pas pour demain !

Je suis heureux de faire savoir que je suis un privilégié. Tout ce petit monde se porte bien, ceux en âge de travailler sont au travail et se plaisent dans leur fonction.

Mes amis, simplement pour penser comment construire les relations entre générations, essayons de commencer par les relations familiales… c’est une bonne école d’apprentissage

Amitiés à toutes et tous
Pierre Caro

retraité professionnel

Bien vieillir longtemps… un apprentissage indispensable.

France Culture. Émission écoutée le samedi 6 août 2022. Regards croisés entre deux femmes alerteurs : Claire Nouvian et Marie Amiguet*… « Des vies engagées, traversées de doutes, de rires, de pleurs, de victoires et de désespoirs, mais toujours parsemées de beautés qui permettent de se relever et d’avancer » extrait de la présentation.

Mes dix arrière-petits-enfants auront mon âge à la fin du siècle… c’est demain tant je vis les jours, semaines, mois et années actuellement.

Pourquoi j’ai compris très tôt que demain devait se préparer… hier, voire avant-hier, je ne peux l’expliquer.

Demain, quelques années avant l’an 2000, c’était ce dernier tiers de vie que je pouvais espérer, de 60 à 90 ans dans ce XXIe siècle. J’avais, en prévention, protégé ma bonne santé, mon autonomie, mes engagements responsables de citoyens, durant ces soixante premières années, par mes choix de modes, conditions et environnements de vie.

J’allais devoir entreprendre de continuer ma vie dans une société mondiale où nous serions toujours plus nombreux et plus âgés, entre et avec quatre, cinq générations, dont deux, voire trois, en situation de retraite et long vieillissement.

Depuis les années 1960, j’avais appris que les développements des sciences et des technologies par les outils informatiques allaient bouleverser nos conditions de vie. De la santé au monde du travail, des changements climatiques aux migrations, de la montée des eaux des mers et océans au besoin d’eau potable… autant d’évolutions dont dépendront, en partie, les conditions de retraite et de long vieillissement des jeunes générations.

Je savais, depuis qu’en 1971, à Stockholm, 30 scientifiques de haut niveau provenant de 14 pays avaient exprimé un risque de « changement global climatique rapide et grave causé par les humains », qui aura des conséquences mondiales sur les environnements et les populations. Le terme « effet de serre » était apparu.

En 1978 nous apprenions la première opération du chirurgien « Arthobot », suivi de nombreux progrès pour réparer la vie.

Je pourrai continuer…

Aujourd’hui, après vingt années de retraite, mon approche d’après demain c’est l’horizon du demi-siècle. Si je n’y arrive pas, au moins j’aurai nourri mes envies réalisées ou pas, mes projets réussis, loupés ou abandonnés… mais qui auront participé à mes « apprentissages » de relations à moi-même et aux autres, pour un enrichissement personnel et collectif par les échanges de savoirs et d’expériences, de nos différences qui sont nos richesses.

Si je souhaite mes meilleurs vœux à ma famille et mes proches en 2050… je serai heureux et fier de montrer une vie satisfaisante pour moi. J’espère un chemin possible pour mes enfants, petits et arrière, voire arrière-arrière-petits-enfants.

Si ma vie est plus courte, j’aurai été comblé.

J’aime assez « L’essentiel est l’emploi de la vie, non sa durée » Sénèque Artiste, Dramaturge, Homme d’état, Philosophe (-4,-65)

Pierre, retraité professionnel, chercheur autodidacte retraite et long vieillissement.

* Avec Marie Amiguet, auteure, réalisatrice animalière et co-réalisatrice du film « La panthère des neiges », actuellement au cinéma et bientôt en DVD.

Et avec, Claire Nouvian, défenseure des océans et de leurs écosystèmes, fondatrice et présidente de l’association Bloom, réalisatrice de documentaires animaliers et auteure du livre « Abysses » Fayard.

Impossible aujourd’hui de ​“ghoster*” la crise des métiers du Grand âge !

Cela demande une collaboration étroite et infaillible entre : les personnes âgées**, les professionnels***, l’État.

– Les premières doivent apprendre à bien vieillir longtemps en santé, autonomie et engagement dans la société. Elles doivent chercher à limiter au mieux leurs recours aux soins et accompagnements de santé. Nous sommes tout de même une majorité d’âgés dans cette situation actuellement.

– Les seconds doivent trouver des « intérêts personnels et professionnels » par les formations, qui permettront d’envisager les satisfactions et évolutions d’une carrière assurée dans mes meilleures conditions de travail, de responsabilité, et de développement. Une communauté universelle doit se créer entre les chercheurs, les enseignants, les pratiquants qu’elles que soient leurs fonction, hiérarchie, responsabilité, afin de que tous s’enrichissent par leurs partages de réflexions et de pratiques.

– Le troisième à la responsabilité et le devoir de mener une politique de santé responsable, équitable et universelle par la mise en place des informations et formations avant et tout au long de la carrière. La prévention est le meilleur remède pour éviter, autant que cela puisse être, les accidents de la vie. Elle est aussi la condition première afin que des professionnels puissent répondre aux conséquences d’accidents.

Afin d’encourager à l’engagement responsable, il pourrait être étudié :

– à partir d’un engagement respecté de 10 ans : 1 an de retraite acquis ; – 20 ans : 2 ans ; 30 ans : 3 ans ; 40 ans : 5 ans… par exemple.

Bien entendu les salaires et rémunérations dès l’engagement en formation, doivent être incitatifs.

La situation est universelle, une collaboration réelle entre les Etats du monde doit être développée afin de faire face à l’augmentation des populations 8 milliards aujourd’hui ; 8,5 en 2030 ; 9,7 en 2050 ; plus de 10 milliards en 2080. Cette situation mondiale doit être prise en compte avec les diversités des situations régionales. « Plus de la moitié de l’augmentation prévue de la population mondiale jusqu’en 2050 sera concentrée dans huit pays : Égypte, Éthiopie, Inde, Nigéria, Pakistan, Philippines, République démocratique du Congo et Tanzanie » Source ONU juillet 2022. 

Les moyens d’information, de communication, de transport ne permettent plus de limiter à l’Europe, voir à la France, les conséquences de ces situations nouvelles en développement.

Durant ces vingt cinq premières années de retraite, 1997-2022, j’ai partagé réflexions et actions, sur les conséquences d’un long temps de vieillissement. Car si vieillir est une évolution normale, vieillir longtemps est une situation pour laquelle nous n’avons pas d’histoire en référence. Nous n’avons jamais connu une société de quatre, cinq générations, dont deux, voire trois en situation de retraite et long vieillissement. Nous devons anticiper les conséquences de cette situation afin que les jeunes générations ne soient pas victimes de nos manques de politique d’anticipation et de création. Nous savons que le vieillissement concerne toutes les populations à partir de leurs situations actuelles****.

Une crise, considérée comme un moment difficile, souvent due à un manque d’anticipation, doit nous faire réagir le plus rapidement possible, avec les moyens et capacités en notre pouvoir, ou imaginer et créer dans l’urgence. Le risque est de ne pas vouloir en prendre conscience. « Le risque, chez Beck, est une anticipation d’une catastrophe. Le risque est devenu la mesure de notre action, il est une transformation de la modernité » La société du risque Ulrich Beck 2001 pour l’édition française.

En France, aujourd’hui, 16,7 millions de retraités, âge moyen d’entrée en retraite : 62 ans et 6 mois pour les femmes, 61 ans et 11 mois pour les hommes. 29,2 millions d’actifs en 2019 en France.

Vingt-cinq années de retraite que j’ai voulu entreprendre comme une seconde carrière, dans un engagement professionnel bénévole, me font éprouver une gêne de savoir qu’avant retraite j’étais actif, que je ne le suis plus depuis un quart de siècle ! Je me suis souvent livré dans mes ateliers citoyens, à la lecture des annonces nécrologiques par des personnes de plus de 60 ans en général. Mourir avant 90 ans c’est presque trop tôt pour la majorité d’entre elles.

Alors, pourquoi ne pas inviter des volontaires à entreprendre, comme je le fais, une seconde carrière… entre 60 et 80 ans par exemple ? Nous sommes nombreux octogénaires et plus, engagés, en bonne santé et autonomes, participant « activement » à la vie, au moins de nos territoires de vie.

C’est peut être une réponse à prendre en compte, à étudier, pour organiser cette « école de la troisième chance » que j’avais essayé de mettre en discussion, voici près de vingt ans, lorsque j’ai terminé mon temps d’apprentissage à la retraite 1997-2000 ? Proposer un temps d’apprentissage pour entreprendre une seconde carrière en situation de retraite … pour répondre aux problèmes du vieillissement des populations ? De nouvelles « carrières » de retraités doivent se « construire » avec la collaboration des intéressés (ou proches de l’être), afin d’apprendre pour comprendre les enjeux, entreprendre un bénévolat professionnel choisi, compris et créer pour un développement personnel et collectif.

C’est également une part de mes raisons de créer cette « Chaire citoyenne du bien vieillir longtemps » qui doit permettre d’apprendre ensemble pour développer un projet de vie en situation de retraite et de long temps de vieillissement.

Pour répondre, au moins en partie, « à l’impossibilité de ghoster la crise des métiers du Grand Age ? »

Bien à vous,
Pierre Caro retraité professionnel

* Pratiquer le ghosting, ne plus donner signe de vie, disparaître du jour au lendemain, pour éviter la confrontation d’une rupture et ne pas avoir à se justifier.

** malades, handicapées… ayant besoin d’une assistance.

*** quel que soit l’emploi, niveau hiérarchique, le secteur d’activité, le territoire et/ou le pays.

**** A l’échelle mondiale, les plus de 65 ans qui constituent actuellement 9,1 % de la population, devraient en représenter 11,7 % en 2030, 15,9 % en 2050. Et les démographes évaluent leur groupe d’âge à 22,6 % en 2100. Mais qui peut affirmer ce qu’il arrivera d’ici là ? Le Monde. Martine Valo 18 juin 2019

L’eau et la vie*, vieux et société !

Je viens de terminer la lecture de T 10, La revue de la Tribune, juin 2022, qui m’a été offerte par mon amie Ghislaine lors de son séjour à Saint Gildas des Bois : « Pourquoi faut-il sauver l’eau ? »

«Et puis un jour l’eau vint à manquer. On n’avait pas voulu y croire. On avait repoussé le moment où il aurait fallu affronter cette réalité. Enfin… «on»… en tout cas «nous» -car c’est bien du collectif dont il s’agit- savions…»

Premières lignes de l’Edito de Valérie Abrial Directrice éditorial de T 10.

J’ai l’envie de reprendre ces lignes dans le contexte de mon travail sur les conséquences d’un long temps de vieillissement.

«Et puis un jour, «la politique du grand âge» vint à manquer. On n’avait pas voulu y croire. On n’avait repoussé le moment où il aurait fallu penser une population toujours plus nombreuse et plus âgée, où les problèmes de vieillissement s’aggraveraient. Enfin… «on»… en tout cas «nous» -car c’est bien du collectif des boomers actuels dont il s’agit- savions… que nous serions, en 2022, environ 15 millions** de citoyennes et citoyens, nés après la seconde guerre mondiale, une majorité d’entre eux en bonne santé et autonome.

Entreprendre aujourd’hui en regardant les réalités en face : nous vieillissons 20 années de plus que nos parents, que faisons-nous de ce temps ?

Lors de mon entrée en situation de retraite, 1997, j’ai espéré trente, quarante années de vie heureuse entourée de ma famille, de mes amis, dans un projet de vie construit. C’était motivant.

Ces vingt-cinq premières années passées en bonne santé, je les ai entreprises comme une nouvelle carrière professionnelle, et j’envisage les quinze prochaines avec la même confiance et sérénité. Je serai centenaire.

Nous avons les promesses d’une «Loi grand âge» qui ne demande qu’à approuver et reconnaître ces boomers qui servent la société en France et au-delà, en demeurant intégrés, engagés, initiateurs de projets dans les associations et organisations humanitaires, culturelles, sociales, dans les responsabilités sur leur territoire (Mairie, Communauté de communes…), auprès de cette quatrième génération***que sont les parents des boomers !

Toujours plus âgés et plus nombreux, la preuve est apportée : le nombre des plus de 85 ans passera de 4 % aujourd’hui, à 8 % en 2070 ; 1100 centenaires en 1975, 22000 aujourd’hui, il pourrait être de 270 000 en 2070… dont mes enfants.

Anticiper : une nécessité, une obligation.

Quelle politique ? Elle doit se construire sur une société de prévention où la perte d’autonomie n’est pas inéluctable, où l’usage des technologies est adapté aux besoins, où l’isolement est combattu dans une solidarité responsable.

Nous connaissons nos réussites, nous avons conscience de nos erreurs, il nous appartient d’inviter nos enfants, dès aujourd’hui, à construire leur long temps de vieillissement. Ce n’est plus une histoire de famille d’aidants bénévoles, c’est l’ouverture de formations nécessaires et indispensables pour de nouvelles professions, de nouvelles responsabilités, nouvelles relations entre quatre, cinq générations. Construisons, aujourd’hui, la société qui ne gère plus le déclin, mais qui accompagne professionnellement un long temps de vieillissement dans la dignité****.

Derniers vœux pour une société plus âgée : une politique qui connaît, reconnaît, les engagements des aînés dans des activités d’utilité sociale, au-delà du seul bénévolat, la bonne volonté ne suffit. Je l’affirme d’autant plus aisément que c’est la politique que j’ai choisie, dont je suis entièrement satisfait : retraité professionnel, bénévole.

et la politique du bien vieillir longtemps s’est mise en place en place en 2022, nous sommes en 2070, notre société est un exemple pour le monde.

Pierre Caro
retraité professionnel

* j’aurais pu ajouter l’air, la terre, le soleil … indispensables à notre vie.

**des chiffres connus de tous : 20 millions et 24 millions en 2030 et 2050. Les plus de 85 ans, 1,4 million en 2021, 5 millions en 2060. Seuls 8% des plus de 60 ans sont dépendants et 1 personne de plus de 85 ans sur 5 (20%). solidarites-sante.gouv.fr

***ATD Quart Monde, Emmaüs, Handicap International, Médecins sans frontières, Croix Rouge, Secours Populaire, SOS enfants… pour n’en citer que quelques-unes.

****Comme le précise la Drees en préambule de son étude publiée en octobre 2021 : « l’espérance de vie sans incapacité correspond au nombre d’années que peut espérer vivre une personne sans être limitée dans ses activités quotidiennes« .

Imaginer et/ou savoir !

Dans ma fratrie, l’une de mes responsabilités d’aîné était de faire le fier en expliquant à mes cadets ce qu’ils ne savaient pas … où ce que je voulais qu’ils apprennent, sachant que leur confiance dans un grand frère était acquise… Cela n’a pas duré, après quelques années, il a fallu partager, ce qui nous a tous enrichis, nous le reconnaissons aujourd’hui.

Les ans ont fait de moi un arrière grand-père, un aîné vieillissant qui fait son possible pour demeurer en bonne santé, autonome et participant actif dans cette société de plus en plus complexe et compliquée.

Participer c’est, en premier lieu, avec mes proches, sur mon territoire de vie, d’échanger des questionnements pour lesquels je suis impliqué, où, éventuellement, compétent. En même temps je dois comprendre les politiques prises par les personnes qualifiées, élus et responsables de cette société, de mon territoire de vie au monde devenu un grand village par les développements des moyens de communications, d’informations, de déplacements.

J’ai décidé d’être un octogénaire, drôle, amusant, tout comme génial… on ne se refait pas, et « viser » un objectif sur l’échelon au dessus de mes connaissances me permet d’avancer … « L’employé est au bas de l’échelle, certes, mais au moins il est déjà sur l’échelle » disait Michel Crozier*

Mon outil, c’est « l’apprentissage tout au long de la vie ». Il est partagé entre les richesses acquises des autres, et celles qui naissent d’idées, d’envies, d’essais, de passion … qui « me passent par la tête » comme disait notre maman.

Dernièrement j’ai découvert les nudges** et je réfléchi à quelques astuces pour orienter en douceur mes comportements vers une vie sereine, calme, et toujours animée de relations, de découvertes, pour éliminer certaines de mes habitudes pas toujours réfléchies.

Je n’ai pas envie de placer quelques grosses mouches dans mon lieu de vie, je veux me faire plaisir, c’est une condition première, et partager, si l’occasion m’en est donnée.

J’ai déjà quelques essais. Devant l’entrée de ma maison par exemple, un grelot avec un écriteau  : Ah non c’est vous ! … Mon potager est marqué d’ardoises indiquant les plantations : pommes de taire, les plus silencieuses ; père Sil, la mère Si est à côté ; Lu pin… ou dessiné ; Bette rave mais pas party ; sur un vieux poste radio « radio légumes, la radio qui pousse » ….

Certaines personnes, mais sont elles bien intentionnées ? disent qu’à partir d’un certain âge, ou d’un âge certain, les vieux n’ont plus toute leur tête. Albert Einstein, en écrivant « L’imagination est plus importante que le savoir » avait ses raisons. A mon âge je pense que mes expériences de vie nourrissent mes savoirs autant que mon imagination … et que je suis capable d’une « teuf » avec, ou sans, mes cadets… .

Amitiés à toutes et tous

Pierre

PS j’oubliais, pour éviter l’isolement, j’ai toujours un petit en-cas gourmand sous la main … plus question d’âge pour passer un moment ensemble ! J’ai également acquis une trompette pour essayer d’apprendre, les voisins ne peuvent plus m’ignorer …

* Michel Crozier 1922-2013, sociologue.

**Popularisés en français sous le terme « coups de pouce », les nudges servent à orienter en douceur les comportements. Autrement dit, ce sont des incitations non coercitives

Obligation rationnelle de rationner !

Les inégalités sociales demeurent un fait patent, aujourd’hui comme hier. Octogénaire j’ai conscience d’avoir suivi, et participé, parfois sans trop réfléchir, emporté par le grand désir de « réussir » ma carrière pour ma satisfaction, celle de ma petite famille, pour espérer une pension de retraite qui me permette de vivre correctement dans la dignité.

L’entrée, obligée, en situation de retraite, a marqué une rupture : j’ai quitté le travail dans une entreprise de production, pour une liberté dans une société de consommation où je pouvais « ne rien faire » en recevant pension.

Les temps d’expériences, réussites et échecs, demeurent des leçons d’un apprentissage expliqué dans mes premières années par mes parents et mes instituteurs. Je devais me trouver un projet de vie pour un long temps de vieillissement, ce dernier tiers de vie pour faire rapide, en continuant d’être l’aîné reconnu dans ma famille, mes enfants et ma fratrie. Je voulais demeurer citoyen responsable en partageant ma vie entre et avec quatre, cinq générations, dont deux, voire trois, en situation de retraite.

La nouvelle interpellation de Pierre Calame* sur « la finitude de nos ressources et l’obligation rationnelle de rationner l’usage des énergies fossiles » adressée aux candidats à la Présidence Française, m’offre une nouvelle occasion d’exprimer le pourquoi j’ai voulu demeurer professionnel pour entreprendre mon temps de retraite dans cette seconde carrière.

Les sciences, les technologies sont plus que jamais développées sur l’exploitation et la distribution de l’énergie dans une société industrielle de croissance permanente. Depuis internet nous développons une société de l’intelligence, qui distribue de l’information … sans lien avec les formations nécessaires, indispensables, dans des enjeux sociaux, culturels économiques, politiques… qui deviennent abscons pour une part de plus en plus importante des populations.

Alors, comment réussir « à rationner l’usage des énergies fossiles » pour limiter les développements des gaz à effet de serre ?

Je n’ai qu’une réponse impérieuse qui guide toujours ma vie : apprendre pour comprendre et entreprendre en remettant sans cesse en réflexions et actions, les réussites comme les échecs.

Il me faut anticiper trois, quatre décennies en modifiant mes modes, conditions, environnements de vie. Je n’ai plus à chercher la promotion pour un avenir meilleur, mais à faire de celui-ci une conduite de vie responsable, les alertes climat devenant de plus en plus incontestables, manifestes dans mes propres environnements, dans une société de plus en plus complexe et compliquée. Mais attention, le rationnement est déjà journalier pour de plus en plus de citoyens en France, en Europe, dans le monde. Veillons à une vraie gouvernance oéconomique** de répartition de la rareté.

C’est pourquoi depuis quelques mois nous travaillons sur ma proposition d’une « Chaire citoyenne », un lieu d’apprentissage permanent ouvert à tous et pour tous, où « la tribune ou siège élevé » sera partagé par des citoyens qui savent autrement, autre chose, pour d’autres raisons de vivre, pour participer en s’engageant après avoir compris pourquoi « rationner ». Sans cette condition première nous ne pouvons rien espérer.

Si vous pensez cette première condition indispensable, merci de m’adresser remarques, suggestions, critiques, conseils… qui nourriront mon travail.

Amitiés à toutes et tous, apprenons et entreprenons ensemble sans quoi nous disparaîtrons tous … après, sans doute, une longue période de souffrances. Évitons, j’aimerais.

Amitiés toujours

Pierre

retraité professionnel

retraité et long vieillissement en bonne santé, autonomie et participation.

* Pierre Calame est un ancien haut fonctionnaire français du ministère de l’ Équipement, auteur de plusieurs essais sur le rôle et la place de l’ État dans la société contemporaine, a été directeur général de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme de 1988 à 2009 et en préside aujourd’hui le Conseil de fondation. Président de l’association CITEGO et administrateur de l’Association de promotion de la Fabrique des transitions.

** Essai sur l’oéconomie « comment dans le contexte de la mondialisation, l’humanité peut-elle concilier les nécessités économiques avec le fait incontournable que les ressources naturelles sont limitées » C’est la question que pose Pierre Calame dans son ouvrage.

La mort et le mourant

Dans le travail que je mène sur le long temps de vieillissement en bonne santé et autonomie, l’action d’anticiper me semble très importante afin de préparer, dans les meilleures conditions, les évènements possibles.
Cette fable, me semble tout à propos. Pierre

La mort et le mourant

La Mort ne surprend point le sage :
Il est toujours prêt à partir,
S’étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur ;
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse ;
La mort ravit tout sans pudeur :
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n’est rien de moins ignoré ;
Et puisqu’il faut que je le die,
Rien où l’on soit moins préparé.
Un Mourant, qui comptait plus de cent ans de vie,
Se plaignait à la Mort que précipitamment
Elle le contraignait de partir tout à l’heure,
Sans qu’il eût fait son testament,
Sans l’avertir au moins. « Est-il juste qu’on meure
Au pied levé ? dit-il ; attendez quelque peu ;
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ;
Souffrez qu’à mon logis j’ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !
– Vieillard, lui dit la mort, je ne t’ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impatience :
Eh ! n’as-tu pas cent ans ? Trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux ; trouve-m’en dix en France.
Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J’aurais trouvé ton testament tout fait,
Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait.
Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause
Du marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment,
Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d’ouïe ;
Toute chose pour toi semble être évanouie ;
Pour toi l’astre du jour prend des soins superflus :
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.
Je t’ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourants, ou malades ;
Qu’est-ce que tout cela, qu’un avertissement ?
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n’importe à la république
Que tu fasses ton testament. »
La Mort avait raison : je voudrais qu’à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d’un banquet,
Remerciant son hôte ; et qu’on fit son paquet :
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois-les courir
À des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles.
J’ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret :
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

Fables de LA FONTAINE N°158 Par A.Gazier Armand Colin