Archives mensuelles : février 2022

La mort et le mourant

Dans le travail que je mène sur le long temps de vieillissement en bonne santé et autonomie, l’action d’anticiper me semble très importante afin de préparer, dans les meilleures conditions, les évènements possibles.
Cette fable, me semble tout à propos. Pierre

La mort et le mourant

La Mort ne surprend point le sage :
Il est toujours prêt à partir,
S’étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur ;
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse ;
La mort ravit tout sans pudeur :
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n’est rien de moins ignoré ;
Et puisqu’il faut que je le die,
Rien où l’on soit moins préparé.
Un Mourant, qui comptait plus de cent ans de vie,
Se plaignait à la Mort que précipitamment
Elle le contraignait de partir tout à l’heure,
Sans qu’il eût fait son testament,
Sans l’avertir au moins. « Est-il juste qu’on meure
Au pied levé ? dit-il ; attendez quelque peu ;
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ;
Souffrez qu’à mon logis j’ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle !
– Vieillard, lui dit la mort, je ne t’ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impatience :
Eh ! n’as-tu pas cent ans ? Trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux ; trouve-m’en dix en France.
Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J’aurais trouvé ton testament tout fait,
Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait.
Ne te donna-t-on pas des avis, quand la cause
Du marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment,
Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d’ouïe ;
Toute chose pour toi semble être évanouie ;
Pour toi l’astre du jour prend des soins superflus :
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.
Je t’ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourants, ou malades ;
Qu’est-ce que tout cela, qu’un avertissement ?
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n’importe à la république
Que tu fasses ton testament. »
La Mort avait raison : je voudrais qu’à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d’un banquet,
Remerciant son hôte ; et qu’on fit son paquet :
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois-les courir
À des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles.
J’ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret :
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

Fables de LA FONTAINE N°158 Par A.Gazier Armand Colin

“ Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne de vieilles pommes. ” Félix Leclerc*.

Mais c’est parce que mes parents m’ont donné une bonne source génétique, qu’ils m’ont appris à en prendre soin, que, octogénaire, je produis quelques réflexions et actions qui me permettent de bien vieillir, en bonne santé physique, mentale, psychique, en demeurant autonome.

Ces réflexions et actions se nourrissent de mes curiosités et interrogations : pourquoi cette odeur, ce bruit, cette couleur, ce mouvement, cette parole, ces lignes écrites … ? En fait je joue, je m’amuse à essayer de comprendre. Avec plus ou moins de temps, je me rends compte que je suis heureux d’avoir compris, ou, si je prends conscience qu’il me manque quelques connaissances et expériences, j’ai plaisir à contacter quelques amis, à fouiller bouquins, documentations, articles extraits de recherches avec mon ordinateur, sur internet.

Je n’ai pas trouvé aujourd’hui, de recherches sur : devenir vieux, longtemps ! Dans son ouvrage : « Devenir vieux Les enjeux de la psychiatrie du sujet âgé » 2011 Docteur Cecile Hanon psychiatre et directrice de la collection Ed Doin  » La vieillesse est un naufrage  » disait Charles de Gaulle. Est-ce vrai ? Comment devient-on vieux en France de nos jours ? Qui sont les vieux aujourd’hui ? Vivre le plus longtemps possible en disposant de ses capacités intellectuelles, et de l’essentiel de ses capacités physiques, est un objectif essentiel et qui doit être au cœur des préoccupations de santé publique, mais est-ce encore vivre quand la conscience d’être soi a disparue » 4e de couverture

Si l’essentiel est de disposer des capacités intellectuelles, physiques et mentales, je suis d’accord.
Mais la Docteur Hanon propose une démarche professionnelle qui l’amène à penser : la santé publique, prévenir la maladie. Logique.

Pourquoi, généralement, penser vieillissement c’est aller plutôt vers le pessimiste, le déclin ?

J’ai envie, comme mon pommier qui ajoute tous les ans de nouvelles branches, sur lesquelles poussent des pommes, d’ajouter de nouvelles capacités, à ma vie d’hier. Ces nouvelles branches sont mes intérêts, passions, projets, envie d’en vie**. Je n’ai jamais lu, écrit, joué, plaisanté …, goûté à une forme de vie autant qu’aujourd’hui. Pourtant, hier, j’étais dans cette carrière obligée où j’ai trouvé beaucoup de satisfactions, et je reconnais ce privilège.

Maintenir un équilibre harmonieux entre mes relations, mes loisirs et repos, et mon travail, dans une conduite responsable, semble, à ce jour, avoir produit des fruits puisque je suis bien dans ma tête, dans mon corps, dans mes relations aux autres. J’ai écrit semble parce que j’ai conscience que la maladie, l’accident, peut me surprendre à tout moment.

Et si vieillir c’était d’arranger sa vie pour vraiment la vivre, en goûter vraiment les moments, prendre conscience que je suis capable d’accepter mes faiblesses et de me servir de mes forces !

Si au lieu de penser « le pire des mondes » j’ajoutais, comme mon pommier de nouvelles branches pour de nouveaux fruits !

Je suis convaincu que la « Chaire citoyenne d’interpellation du Monde » pour le bien vieillir longtemps devient une nécessité dans cette société compliquée. Un lieu où chacune et chacun vient partager soucis, passions, réussites et échecs, tristesses et bonheurs, projets, en vrac … afin de trouver dans un pot commun, les fruits matures à déguster pour entreprendre sa vie vers le meilleur pour toutes et tous, pour la paix du monde.

Vos remarques, suggestions, critiques, conseils … nourrirons notre travail au sein de cette « Chaire citoyenne d’interpellation du Monde » pour bien vieillir longtemps. Je vous remercie.

Pierre Caro

retraité professionnel, retraite et long vieillissement.

  • *Felix Leclerc 1924-1988 auteur compositeur interprète écrivain Québécois
  • **petit clin d’œil au film « De plus en plus en vie » réalisé par Aiguemarines Productions.