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Construire les relations entre les générations

J’ai le souvenir d’une longue discussion avec Geneviève Laroque, 1930-2012, alors Présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie, à propos de l’intergénérationnel : « ce n’est pas en prenant un enfant sur mes genoux que je crée une relation entre générations »

SENIORACTU Article publié le 16/03/2022 à 08:15

Gouvernement : un plan renforçant l’intergénération dans les écoles et les lieux de vies des aînés. Extrait

On le sait, de nos jours, la question des solidarités intergénérationnelles est devenue primordiale avec 2 millions de nos concitoyens âgés qui vivent isolés de cercles familiaux et amicaux. Et la pandémie n’a bien évidemment rien arranger à la chose ! …et de retisser les liens entre générations (qui tendent à se déliter d’une manière générale), ces deux ministres ont décidé de déployer différentes actions visant à développer les partenariats entre les maisons de retraite (EHPAD), les résidences autonomie et les écoles … .

Pour Jean-Michel Blanquer : « en enseignant à nos près de 13 millions d’élèves des savoirs, mais aussi des valeurs, nos professeurs assurent jour après jour cet acte au fondement de toute société, source de lien entre les individus, l’acte de transmission ».
De son côté, Brigitte Bourguignon indique : « 
la crise nous a démontré l’importance de refonder un nouveau pacte entre les générations. Je refuse de voir se creuser un écart entre jeunes et anciens et je ne crois pas à la fatalité d’une guerre de générations. Ce n’est pas ce que veulent les Français ».

Voyez-vous, ce qui m’inquiète un peu tout de même, c’est qu’il n’ai aucunement question de la famille (sauf erreur) de la part de ces deux Ministres ?

Pourtant notre première relation avec une autre génération c’est bien celle avec nos parents ?

Alors je suis très fier et très heureux de vous écrire les relations entre les générations dans ma famille, c’est celle que je connais le mieux. Aîné d’une fratrie de six enfants ; père de trois enfants ; grand-père de neuf petits-enfants et arrière-grand-père de dix arrière-petits-enfants. Je pense voir naître la cinquième génération … mon arrière-petite fille a passé 17 ans !

Mes relations de patriarche avec tout ce petit monde sont hebdomadaires en moyenne. Notre fratrie se réunit plusieurs fois l’an pour un bon repas. Les nièces, neveux et petits nièces et neveux, participent aux rencontres anniversaires, nous sommes tous dans un rayon de 200 km.

Peut être ne vous rendez vous pas compte mais de ma descendance, j’en suis à 34 anniversaires, ma fratrie avec nièces et neveux 24 anniversaires… un pour chaque semaine de l’année…

Je me permets d’ajouter les amis les plus proches, dont les enfants et petits enfants m’appellent « pépé » comme ma famille … et l’isolement ne me semble pas pour demain !

Je suis heureux de faire savoir que je suis un privilégié. Tout ce petit monde se porte bien, ceux en âge de travailler sont au travail et se plaisent dans leur fonction.

Mes amis, simplement pour penser comment construire les relations entre générations, essayons de commencer par les relations familiales… c’est une bonne école d’apprentissage

Amitiés à toutes et tous
Pierre Caro

retraité professionnel

Impossible aujourd’hui de ​“ghoster*” la crise des métiers du Grand âge !

Cela demande une collaboration étroite et infaillible entre : les personnes âgées**, les professionnels***, l’État.

– Les premières doivent apprendre à bien vieillir longtemps en santé, autonomie et engagement dans la société. Elles doivent chercher à limiter au mieux leurs recours aux soins et accompagnements de santé. Nous sommes tout de même une majorité d’âgés dans cette situation actuellement.

– Les seconds doivent trouver des « intérêts personnels et professionnels » par les formations, qui permettront d’envisager les satisfactions et évolutions d’une carrière assurée dans mes meilleures conditions de travail, de responsabilité, et de développement. Une communauté universelle doit se créer entre les chercheurs, les enseignants, les pratiquants qu’elles que soient leurs fonction, hiérarchie, responsabilité, afin de que tous s’enrichissent par leurs partages de réflexions et de pratiques.

– Le troisième à la responsabilité et le devoir de mener une politique de santé responsable, équitable et universelle par la mise en place des informations et formations avant et tout au long de la carrière. La prévention est le meilleur remède pour éviter, autant que cela puisse être, les accidents de la vie. Elle est aussi la condition première afin que des professionnels puissent répondre aux conséquences d’accidents.

Afin d’encourager à l’engagement responsable, il pourrait être étudié :

– à partir d’un engagement respecté de 10 ans : 1 an de retraite acquis ; – 20 ans : 2 ans ; 30 ans : 3 ans ; 40 ans : 5 ans… par exemple.

Bien entendu les salaires et rémunérations dès l’engagement en formation, doivent être incitatifs.

La situation est universelle, une collaboration réelle entre les Etats du monde doit être développée afin de faire face à l’augmentation des populations 8 milliards aujourd’hui ; 8,5 en 2030 ; 9,7 en 2050 ; plus de 10 milliards en 2080. Cette situation mondiale doit être prise en compte avec les diversités des situations régionales. « Plus de la moitié de l’augmentation prévue de la population mondiale jusqu’en 2050 sera concentrée dans huit pays : Égypte, Éthiopie, Inde, Nigéria, Pakistan, Philippines, République démocratique du Congo et Tanzanie » Source ONU juillet 2022. 

Les moyens d’information, de communication, de transport ne permettent plus de limiter à l’Europe, voir à la France, les conséquences de ces situations nouvelles en développement.

Durant ces vingt cinq premières années de retraite, 1997-2022, j’ai partagé réflexions et actions, sur les conséquences d’un long temps de vieillissement. Car si vieillir est une évolution normale, vieillir longtemps est une situation pour laquelle nous n’avons pas d’histoire en référence. Nous n’avons jamais connu une société de quatre, cinq générations, dont deux, voire trois en situation de retraite et long vieillissement. Nous devons anticiper les conséquences de cette situation afin que les jeunes générations ne soient pas victimes de nos manques de politique d’anticipation et de création. Nous savons que le vieillissement concerne toutes les populations à partir de leurs situations actuelles****.

Une crise, considérée comme un moment difficile, souvent due à un manque d’anticipation, doit nous faire réagir le plus rapidement possible, avec les moyens et capacités en notre pouvoir, ou imaginer et créer dans l’urgence. Le risque est de ne pas vouloir en prendre conscience. « Le risque, chez Beck, est une anticipation d’une catastrophe. Le risque est devenu la mesure de notre action, il est une transformation de la modernité » La société du risque Ulrich Beck 2001 pour l’édition française.

En France, aujourd’hui, 16,7 millions de retraités, âge moyen d’entrée en retraite : 62 ans et 6 mois pour les femmes, 61 ans et 11 mois pour les hommes. 29,2 millions d’actifs en 2019 en France.

Vingt-cinq années de retraite que j’ai voulu entreprendre comme une seconde carrière, dans un engagement professionnel bénévole, me font éprouver une gêne de savoir qu’avant retraite j’étais actif, que je ne le suis plus depuis un quart de siècle ! Je me suis souvent livré dans mes ateliers citoyens, à la lecture des annonces nécrologiques par des personnes de plus de 60 ans en général. Mourir avant 90 ans c’est presque trop tôt pour la majorité d’entre elles.

Alors, pourquoi ne pas inviter des volontaires à entreprendre, comme je le fais, une seconde carrière… entre 60 et 80 ans par exemple ? Nous sommes nombreux octogénaires et plus, engagés, en bonne santé et autonomes, participant « activement » à la vie, au moins de nos territoires de vie.

C’est peut être une réponse à prendre en compte, à étudier, pour organiser cette « école de la troisième chance » que j’avais essayé de mettre en discussion, voici près de vingt ans, lorsque j’ai terminé mon temps d’apprentissage à la retraite 1997-2000 ? Proposer un temps d’apprentissage pour entreprendre une seconde carrière en situation de retraite … pour répondre aux problèmes du vieillissement des populations ? De nouvelles « carrières » de retraités doivent se « construire » avec la collaboration des intéressés (ou proches de l’être), afin d’apprendre pour comprendre les enjeux, entreprendre un bénévolat professionnel choisi, compris et créer pour un développement personnel et collectif.

C’est également une part de mes raisons de créer cette « Chaire citoyenne du bien vieillir longtemps » qui doit permettre d’apprendre ensemble pour développer un projet de vie en situation de retraite et de long temps de vieillissement.

Pour répondre, au moins en partie, « à l’impossibilité de ghoster la crise des métiers du Grand Age ? »

Bien à vous,
Pierre Caro retraité professionnel

* Pratiquer le ghosting, ne plus donner signe de vie, disparaître du jour au lendemain, pour éviter la confrontation d’une rupture et ne pas avoir à se justifier.

** malades, handicapées… ayant besoin d’une assistance.

*** quel que soit l’emploi, niveau hiérarchique, le secteur d’activité, le territoire et/ou le pays.

**** A l’échelle mondiale, les plus de 65 ans qui constituent actuellement 9,1 % de la population, devraient en représenter 11,7 % en 2030, 15,9 % en 2050. Et les démographes évaluent leur groupe d’âge à 22,6 % en 2100. Mais qui peut affirmer ce qu’il arrivera d’ici là ? Le Monde. Martine Valo 18 juin 2019

Carrière, retraite et long vieillissement

Au cours de ces vingt premières années de retraite, je pense avoir compris qu’un lien insécable existe entre le déroulement de la carrière qui détermine les conditions de la retraite, celles-ci engendrent, en partie, l’état physique, intellectuel et moral d’envie de vivre bien et longtemps citoyen.e responsable dans la société. Un accident est toujours un aléa possible.

Retraité, j’ai souhaité demeurer intégré au monde du travail en qualité de professionnel, bénévole, apprenant permanent, dans un travail déontologique (devoir) et éthique (comportement) pour mes engagements choisis, appris et entrepris en retraité citoyen responsable.

Or les effets de la pandémie, que nous connaissons depuis 2019, bouleversent nos conditions de vie familiale et amicale, de loisirs et repos, du monde du travail.

Nos parents pouvaient choisir de profiter des bénéfices de leur carrière pour quelques années de retraite dans un temps de repos bien mérité. S’ils étaient la seule génération en situation de retraite, aujourd’hui les retraités, le plus souvent, ont leurs parents, parfois, et de plus en plus, leurs grands-parents (surtout leurs grands-mères). Nous pouvons espérer notre dernier tiers de vie 60/90 ans possible, 65/100 ans et plus probable demain … en bonne santé et autonomes pour une grande majorité d’entre nous.

Nous ne pouvons pas vivre heureux sachant que nos enfants, petits-enfants réalisent leur carrière dans un monde du travail profondément touché et désorganisé par la pandémie depuis 2019. Les bouleversements humains, économiques, sociaux, de droits au travail, de santé, d’habitat, d’alimentation, d’habillement, d’éducation et formation, culturels, d’environnements … les moyens de subsistance et de bien-être sont en grandes difficultés.

Gouvernements, chefs d’entreprises, travailleurs de tous niveaux hiérarchiques, société civil – à laquelle nous appartenons en qualité de retraités- avons une place et un rôle essentiels pour garantir la sécurité des personnes, la viabilité des entreprises et des emplois, le bien vivre en commun.

Janvier 2021, 93 pour cent des travailleurs à travers le monde habitent dans des pays dans lesquels la fermeture des lieux de travail persiste sous une forme ou sous une autre. Les prévisions économiques du Fonds monétaire international (FMI) d’octobre 2020, on s’attend à une baisse persistante de 3 pour cent des heures de travail en 2021 si l’on compare au quatrième trimestre 2019, ce qui équivaut à 90 millions d’emplois à temps plein Chiffres OIT.

Le monde du travail se modifie par les pertes massives d’emplois dans les secteurs les plus touchés (par exemple les activités d’hébergement et de restauration, les arts et spectacles, le commerce et la construction) et la croissance positive de l’emploi est évidente en ce qui concerne les secteurs des services hautement qualifiés (par exemple l’information et la communication ainsi que les activités d’assurances et financières). Les pertes en «revenus du travail après les mesures de soutien» ont été relativement plus importantes pour les jeunes travailleurs, les femmes, les travailleurs indépendants ainsi que pour les travailleurs faiblement ou moyennement qualifiés.

Nous sommes une grande majorité de retraités.es, engagée dans les associations, organisations qui développons des activités bénévoles d’accompagnements dans tous les domaines de la vie de société.

Nous devons demeurer engagés pour soutenir une reprise économique qui soit robuste et élargie, ciblée sur l’emploi, le revenu, le droit du travail et le dialogue social, c’est-à-dire une reprise centrée sur les femmes et les hommes de tout pays, car c’est ensemble que nous réussirons une société de paix et de bonheur pour le plus grand nombre, sans quoi ! ! ! je n’ose penser autrement.

Je suis convaincu que nous ne pouvons nous développer qu’en apprenant pour nous donner les capacités et moyens de choisir nos modes, conditions et environnements de vie.

Je vous propose un atelier citoyens pour apprendre ensemble par nos échanges de savoirs et d’expériences, afin de demeurer des acteurs de propositions à construire avec les générations plus jeunes. Ils sont notre raison d’envie de vivre … dans nos vieux jours.

Vous pouvez me contacter quand vous le souhaitez, ou pouvez. Merci.

Pierre Caro retraité professionnel, retraite et long vieillissement 02 28 54 94 76 ; pierrecaro@aol.com.

Gouvernance par les nombres. Alain Supiot

Bonjour

Vous trouvez ci-dessous quelques lignes d’une intervention de l’un de mes anciens professeurs, que vous connaissez tous, Alain Supiot, à propos de la gouvernance par les nombres.

Pour mon travail de retraité professionnel par exemple « sur les conséquences du long vieillissement en France » : 1,5 million de plus de 85 ans en 2020, 4,5 millions en 2050, (60 % souhaitent rester au domicile) ; 151 millions de plus de 80 ans ; 21000 centenaires aujourd’hui, 200 000 en 2060. L’Union Européenne en 2060, 517 millions, d’habitants 61 million de plus de 80 ans… En 2012, 316 000 centenaires dans le monde, ils pourraient être plus de 3 millions en 2050 (extrait ONU)

Comprendre ces chiffres qui se veulent garants de la réalité et se proposent comme levier de l’action, m’invite à travailler sur le nombre de professionnels à former, d’établissements, de lits, de cuisines, de mobiliers… à prévoir pour entrer dans « la réalisation efficace d’objectifs mesurables plutôt que dans l’obéissance à des lois justes, ne laissant aux hommes, ou aux États, d’autre issue que de faire allégeance à plus fort qu’eux, au mépris du droit social » Alain Supiot

Etes-vous dans des situations différentes dans vos spécialités ?

Échanger nous enrichira tous pour que nous demeurions responsables d’une société durable dans la paix… à construire.

France culture Débat 1

Depuis six mois, nous vivons au rythme des indicateurs chiffrés qui mesurent la circulation du Covid-19 en France. Nos dirigeants les commentent afin d’expliquer et de faire accepter les mesures qui s’imposent. Mais cette rentrée a été aussi marquée par la polémique au sujet des chiffres de la délinquance. Alors, les nombres sont-ils devenus la clé de toute décision ? Comment modifient-ils l’art de gouverner ? Pouvons-nous les critiquer ?

La gouvernance par les nombres » Qu’entendez-vous par là ?2

Alain Supiot3 : Nous sommes les héritiers d’une tradition juridique et politique, qui fait dépendre la paix entre les hommes de ce que la Déclaration universelle de 1948 nomme un « régime de droit ». Dans un tel régime, c’est la soumission de tous à une loi commune qui garantit la liberté de chacun. En démocratie, tous les citoyens doivent pouvoir participer à l’élaboration de cette loi, qui repose donc sur la souveraineté du peuple et non sur celle d’un Dieu ou d’un monarque.

Ce modèle d’un « gouvernement par les lois » a commencé d’être remis en question lorsque, observant les sociétés humaines comme des objets mesurables et quantifiables, on a cru pouvoir identifier les lois scientifiques de leur fonctionnement. Ces « lois de la nature » sont censées échapper à la délibération démocratique. Les régimes qui ont ainsi prétendu se fonder sur la biologie (lutte des races) ou sur l’économie (socialisme scientifique) ont aboli l’État de droit et cherché à normaliser les comportements, chacun devant agir conformément à son être biologique ou économique supposé.

Depuis quarante ans, c’est le néolibéralisme qui entend à son tour, sur toute la surface du globe, soumettre le droit à un « ordre spontané du marché », fondé sur des calculs individuels d’intérêts qui échappent au débat démocratique. Lorsqu’un système dogmatique perd son ancrage dans la réalité, il est condamné à rencontrer sa limite catastrophique. Ce fut le cas de l’Union soviétique, qui a soumis le droit à la mise en œuvre du « Gosplan », chargé de planifier les objectifs économiques. Elle s’est effondrée lorsque l’écart entre le monde réel et sa représentation chiffrée est devenu intenable.

Echanges avec le quotidien La Croix

Les opérations de quantification reposent toujours sur des opérations de qualification. Avant la production d’un nombre, il faut toujours s’interroger sur la représentation chiffrée de la réalité. Il peut aussi y avoir un divorce entre les deux. Alain Supiot 

A tous les niveaux de gouvernance, on compare les choux et les carottes. La question de la comparabilité des chiffres est centrale, notamment dans le contexte actuel. Nadia Maïzi (Directrice du Centre de Mathématiques Mines Paris Tech)

Il y a un enjeu assez important pour l’INSEE : la littératie statistique, c’est-à-dire la compréhension que les citoyens ont des chiffres. On tente de moderniser et de rendre plus accessible notre communication par des actions à tous les niveaux. Mais il y a un dilemme entre une demande de simplicité et la volonté d’obtenir une information complètement descriptive. Didier Blanchet (Insee)

Mes amis, si vous avez un moment, aider moi àpprendre en échangeant vos connaissances, expériences… Merci

1France Culture émission Le temps du débats https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/quels-chiffres-pour-gouverner

2Question de Béatrice Bouniol, de « La Croix »

3 Alain Supiot – Juriste, Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire «État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités», fondateur en 2008 de l’Institut d’études avancées de Nantes,

Apprendre a apprendre pour comprendre

Chers amies chers amis

Dans mes lignes précédentes je vous proposais quelques notes extraites de ma lecture de l’ouvrage de Bruno Tertrais « Le choc démographique » Odile Jacob février 2020.

Le 26 février Le Figaro publiait la chronique du blog* de Eric Zemmour, « La démographie, c’est le destin ».

Quelques lignes :

CHRONIQUE – Dans Le Choc Démographique, Bruno Tertrais admet l’importance de la démographie dans le bouleversement du monde. Mais il se perd dans ses contradictions à force de vouloir combattre les peurs.

On connaît tous le docteur Pangloss. Le célèbre personnage de Voltaire dans Candide incarne à jamais un providentialisme béat qui considère que tout ce qui arrive – même les pires catastrophes – est bel et bon pour l’humanité. En matière d’immigration, depuis quarante ans, qu’ils soient démographes, politiques, universitaires, journalistes, patrons, les Pangloss sont légion. Notre dernier Pangloss en titre a pour nom Bruno Tertrais.

Dans son livre Le Choc démographique, le politologue s’emploie à réfuter les thèses qu’il juge catastrophistes, en gros celle du «grand remplacement», et en particulier celle de Stephen Smith qui dans son livre, La Ruée vers l’Europe décrivait l’Afrique comme une «salle d’attente de 1,3 milliard d’habitants aux portes de l’Europe», et dont on comprend très vite qu’il est la cible principale de l’auteur. Tertrais nous inonde de chiffres pour mieux réfuter ceux du journaliste franco-américain. On restera extérieur à cette querelle ; on n’ignore pas qu’on fait dire…

Nous avons à notre disposition l’outil numérique qui multiplie informations et documentations. Comme tout outil il faut apprendre à l’utiliser au mieux de ce pourquoi, comment, par qui, dans quelles intentions il a été conçu.
C’est l’un des objectifs que je veux donner à ce blog professionnel Bien Vieillir Longtemps : échanger, partager, multiplier nos idées, nos projets, nos envies, nos passions…., accepter les remarques, critiques, suggestions… des autres pour avancer ensemble parce que nous comprendrons et respecterons tous les échanges construits pour nous enrichir de nos savoirs, expériences, réussites et échecs…

Apprendre tout au long de la vie et commencer par “Apprendre à apprendre”, André Giordan** nous enseigne comment apprendre efficacement et intelligemment; apprendre à apprendre est une compétence indispensable pour acquérir une méthode puissante pour réussir dans sa vie… .

Aider moi à apprendre tout au long de cette deuxième mi temps de retraite 2020-2040, Merci

*- https://ericzemmour.org

** – https://des-livres-pour-changer-de-vie.com/apprendre-a-apprendre/

Le Choc démographique, Bruno Tertrais, Odile Jacob, 2020.

Chères amies chers amis

Je me suis constitué un petit fonds documentaire évolutif, et je m’offre les ouvrages qui me semblent indispensables, nécessaires afin de développer réflexions et actions sur les conséquences d’un long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.

Aujourd’hui « Le Choc démographique » Bruno Tertrais, Odile Jacob février 2020.

Je vous livre rapidement le quatrième de couverture auquel j’ai ajouté quelques lignes de ma première lecture, ce type d’ouvrage nécessite, pour moi, des relectures, les évolutions demeurant très rapides, et les documents de sources diverses très nombreux.

Sommes-nous prêts au choc démographique qui s’annonce ?

« La population mondiale vit une transformation sans précédent, vieillissement des pays occidentaux, urbanisation effrénée, accroissement rapide de la population africaine… Mais aussi ralentissement de la croissance démographique et baisse de la fécondité au point d’être à très long terme la question qui risque de ne plus être « Sommes-nous trop nombreux ? », mais plutôt « Sommes-nous assez nombreux ? »

L’évolution de la population mondiale annonce des bouleversements économiques, sociaux, culturels et politiques majeurs… aujourd’hui, les conséquences des changements climatiques sont inséparables du débat sur la question de la population et des ressources. La question démographique est ainsi au cœur de toutes les problématiques sociétales contemporaines : ressources, climat, conflits, migrations, urbanisation, éducation, religions, emploi, retraites, santé… ainsi que, dans certains États, répartition des pouvoirs entre communautés, ethnies, ou nations. La démographie est un sport de combat politique…

La démographie n’est pas non plus déterministe, mais plutôt probabiliste. Elle n’est pas la « destinée » … elle est rarement la cause ultime des transformations économiques et encore moins le principal facteur déterminant des évolutions politiques : les guerres du Liban, du Rwanda, ou de Syrie n’ont pas été « causées » par les évolutions démographiques…

On l’a peu remarqué, mais la première décennie de notre siècle a constitué un véritable tournant dans l’histoire de l’humanité. Les plus de 65 ans sont désormais plus nombreux que les moins de 5 ans. Depuis la fin des années 2000, les urbains sont plus nombreux que les ruraux…. La transition démographique est en passe de s’achever et annonce des transformations peu connues : en 2020, par exemple, l’âge médian des Chinois dépasse pour la première fois celui des Américains. Quant à l’environnement européen, il est en pleine mutation : l’est du continent se vide, une partie du Moyen-Orient est entrée dans la modernité démographique, et la jeunesse africaine est en pleine expansion…

Dans les États modernes, les politiques de soutien à la famille (droits de la mère, gardes subventionnées, éducation, santé…) et au revenu des ménages (allocations, fiscalité… ) jouent un rôle indéniable pour maintenir celle-ci. Et « la meilleure façon de faire monter légèrement les taux de fécondité est de favoriser le rôle des femmes dans le monde du travail » rappelle Paul Morland1. « Ce sont les femmes actives qui quittent l’activité en raison d’une naissance supplémentaire et non les femmes inactives qui ont un enfant de plus » renchérit Hervé Le Bras2 … dans les sociétés développées, on explique également la faiblesse des taux de fécondité par les coûts induits (immobilier, éducation…), l’existence des systèmes de retraite (moindre besoin de soutien par les descendants) et, peut-être, par les exigences du marché du travail (mobilité… )

Plus âgé, la population mondiale est aussi désormais plus urbaine… une proportion qui ne fait que croître et pourrait atteindre 70 % à l’horizon 20503 … il y a aujourd’hui une trentaine de « mégavilles » de plus de 10 millions d’habitants : il pourrait y en avoir une quarantaine en 2030, la plupart en Asie de l’Est (Chine Japon) et du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh) à l’horizon 2035 New Delhi 43 millions, Tokyo 36, Shanghai 34, Dacca 31…. quant aux villes africaines, elles connaîtront une croissance spectaculaire. Le corridor urbain Accra-Lagos, 30 millions d’habitants aujourd’hui en comptera peut-être 50 en 2050.

Un surplus masculin… l’existence dans certaines régions du monde d’un « déficit de femmes » ou d’un « surplus d’hommes » «Élever une fille c’est cultiver le jardin d’un autre »dit-on en Chine. « C’est arroser le jardin de son voisin » prétend-on en Inde… Au tournant de la décennie alors que le ratio de masculinité à la naissance (RMN) naturel est de l’ordre de 105/100… il atteignait 116/100 en Chine et en Azerbaïdjan … le déficit féminin total prend des proportions spectaculaires : 126 millions en 2010, plus de 135 aujourd’hui, et peut-être 150 à l’horizon 2035 (là encore, aux quatre cinquièmes en Inde et en Chine)4

Il a fallu cent quatorze ans à la France, le premier pays à avoir connu le phénomène de vieillissement, pour connaître un doublement en proportion de sa population la plus âgée : il n’en faudra que dix sept au Vietnam, dix huit à la Corée du Sud, vingt-quatre au Japon, vingt-cinq à la Chine, vingt-huit à l’Inde…

L’effondrement méconnu de la « Mitteleuropa ». Le vieux continent n’a jamais autant mérité son surnom : l’âge médian en Europe est aujourd’hui de 43 ans, et un cinquième de sa population à plus de 65 ans (alors que c’est moins d’un dixième à l’échelle mondiale) … La Mitteleuropa, il faut le redire, est une exception mondiale. C’est là que se trouve la quasi-totalité (14 sur 15) des pays du monde appelés à perdre, selon les prévisions de l’ONU, plus de 15 % de leur population d’ici à 2050….

Le Moyen-Orient est entré de plain-pied dans la transition démographique dans les années 1970-1980. Sur l’ensemble du monde musulman, l’ICF est passé de 6,8 à 3,7 entre 1975 et 2005…. en Afrique subsaharienne, l’âge médian est encore inférieur (18,7 ans) 62 % de la population y a moins de 25 ans …. C’est au Niger, dans la région de Maradi, que se situe le record du monde de la fécondité, avec un ICF atteignant localement 8,4 enfants par femme… Mabingue Ngom, directeur général du Fonds de l’ONU : « rien ne se fera tant que l’homme ne changera pas d’attitude vis-à-vis de son épouse, de sa fille, de sa mère, de sa voisine »5… Pour l’heure, toutefois, c’est sur ce continent que vivent aujourd’hui 70 % des plus démunis, une proportion qui atteindra 90 % en 2030- non du fait de l’appauvrissement économique du continent, mais en raison de sa croissance démographique, alors que parallèlement, le reste du monde se développe beaucoup plus vite. L’Afrique est le seul continent où, en valeur absolue (mais non en proportion de la population) le nombre de pauvres continuera à augmenter pendant sans doute encore une ou deux décennies. « Ce n’est pas un appauvrissement de l’Afrique, mais une africanisation de la pauvreté » L’Afrique sera le dernier continent à connaître la transition démographique. La manière dont celle-ci se produira déterminera une grande partie de l’état de la population mondiale en 2100.

Vers une nouvelle hiérarchie des puissances. La taille de la population et sa croissance furent longtemps assimilées à la vigueur d’une nation…. « Ce qui fait la grandeur d’une cité, ce n’est pas qu’elle soit populeuse », disait Aristote6

Le démographe Hervé Le Bras avance : « l’esprit d’innovation, l’adoption de nouvelles techniques et de nouveaux modes de pensée dépendent de l’organisation sociale, et non de la biologie ou du nombre… il n’y a pas de richesse que d’hommes. La véritable richesse réside dans l’organisation sociale, dans l’architecture des liens que les hommes, ces animaux sociaux, parviennent à établir pour vivre cependant ensemble7 ». Les pays ayant entamé leur transition démographique sortent, eux, du piège malthusien (absorption des gains de PIB/habitant par la croissance démographique) et peuvent bénéficier sous certaines conditions – diminution de la fécondité investissement dans l’éducation supérieure, opportunité d’emploi urbain – de ce que l’on appelle un dividende ou bonus démographique, situation transitoire dans laquelle une importante population en âge de travailler n’a pas à soutenir une large population d’inactifs… Et la ressource humaine garde toute son importance aujourd’hui : dans les économies modernes axées sur les services, disposer d’un grand nombre de travailleurs qualifiés est un atout incontestable.

En 2030, la hiérarchie des puissances fera apparaître trois géants – l’Inde, la Chine, les États-Unis, et trois pays que l’on pourrait qualifier de mégas émergents : l’Indonésie, le Nigeria et le Pakistan. L’Europe aura déjà décliné, à cet horizon la population du continent pourrait ne compter que 741 millions d’habitants (747 aujourd’hui) dont une Russie qui serait passé de 145 à 143 millions d’habitants.

En 2050 l’Inde pourrait compter 1,6 milliard d’habitants, la Chine 1,4, le Nigeria 401 millions, les États-Unis 379, le Pakistan 338… en 2100 l’Inde 1,5 milliard, contre 1 milliard seulement pour la Chine… le croisement de leurs courbes de population devrait intervenir dès 2027 (1,44 milliard chacun) … s’il n’est déjà réalisé8.

Car la Chine achève sa transition démographique, et sa population en âge de travailler décline depuis 2015. Sa croissance a déjà fortement ralenti et elle connaîtra bientôt un malus démographique qui pourrait représenter 0,7 % du PIB dans les années 20309. Contrairement au Japon et comme on l’a dit, « elle va vieillir avant d’être riche10 »… Et quand la Chine grisonnera… l’Inde s’éveillera… elle aura bien plus d’hommes et de femmes en âge de travailler et disposant d’un haut degré d’éducation que n’en aura son voisin, et cet avantage ira croissant (63 % en 2050, contre 51 % en Chine). En 2050 l’âge moyen sera de 38 ans… contre prés de 50 ans en Chine.

Trop d’humains, pas assez de ressources ? L’arc de crise : démographie, crises, conflits. La réalité des flux migratoires…. Ce sont les titres des chapitres suivants… à découvrir dans l’ouvrage …. je vous transmettrai ma lecture dans les temps prochains.

En attendant, je serai heureux de partager vos échanges, afin d’enrichir mes savoirs pour continuer mon projet de retraité professionnel : «  l’élaboration du projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondiale où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.
Pierre ,
retraité professionnel

1Cité in Mahler Thomas « c’est la technologie qui nous permettra de nourrir 11 milliards d’humains » Le Point 15 octobre 2019

2 Le Bras Hervé « Questions de migration » Fondation Jean Jaurès 7 novembre 2019

3World Urbanization Prospects : The 2018 Revision ONU 2018

4Bongaarts John Guimoto Christophe Z, How many more missing women ? Excess female mortality and prenatal sex selection 1970-2050 Population and Development Review 16 juin 2015

5Cité in Valo Martine « Les forts taux de fécondité en Afrique sont un facteur de fragilisation » Le Monde 16 février 2019

6Aristote La politique VII 4

7Le Bras Hervé L’Adieu aux masses. Démographie politique. L’Aube 2002 P 51 et 87.

8Certains démographes soupçonnent Pékin de surévaluer l’ampleur de sa population. Il est vrai que celle-ci peut aussi être un enjeu de compétition entre régions pour les subventions et les investissements du gouvernement central

9Deal Jacqueline, Szony Michael «  China’s demographic trends. How will they matter ?» in China’s Changing Family Structure. Dimensions and Implications. American Entreprise Institute 2019, p 130

10La fin de cette politique – largement assouplie dans les faits depuis longtemps – a été annoncée en octobre 2015. Rappelons que la fécondité chinoise avait commencé à décliner avant la mise en place (1979) de la politique de l’enfant unique.